Le meurtre de Lyhanna dans le Gers jette une lumière crue sur la réalité des violences sexuelles sur mineurs et leur traitement par des autorités judiciaires et policières dépassées. « Le Nouvel Obs » a listé les affaires de pédocriminalité qui, de Saint-Malo à Narbonne, Paris ou Brive-la-Gaillarde, ont donné lieu ces derniers jours à des audiences ou des interpellations.
Une semaine de révélations
Combien de plaintes pour viol sur mineur ont été déposées contre Jérôme Barella, 41 ans, meurtrier présumé de Lyhanna ? L’enquête le dira. Pourquoi, après la dernière, pourtant très étayée, en août 2025, et malgré un signalement et une plainte précédente, le suspect n’avait-il toujours pas été entendu neuf mois plus tard ? L’enquête, encore, le dira.
Au sommet de l’État, alors que les polémiques ont explosé après la découverte, le 4 juin, du corps de la collégienne de 11 ans dans un silo agricole à Puycasquier, dans le Gers, l’exécutif a immédiatement ciblé la justice qui aurait « dysfonctionné », et brandi la menace de sanctions. Personne n’a attendu les résultats des deux enquêtes confiées aux inspections générales de la gendarmerie nationale (IGGN) et de la justice (IGJ), chargées de comprendre quelles défaillances, humaines et structurelles, ont conduit à ce drame. La procureure d’Auch a même été directement désignée comme responsable.
Un quotidien tragique
Rien dans cette effroyable affaire n’a pourtant étonné ceux pour qui les crimes sexuels sur mineurs relèvent du quotidien. « Nous craignons chaque jour un drame comme celui-là », souffle l’avocate parisienne Marie Grimaud. « Cette affaire est le reflet symptomatique de la manière dont la société française traite les violences sexuelles sur les enfants : avec une lenteur et une négligence qui coûtent des vies. »
Les derniers jours ont vu se multiplier les affaires : à Saint-Malo, un homme de 45 ans a été mis en examen pour viols sur sa belle-fille de 12 ans ; à Narbonne, un enseignant a été interpellé pour agressions sexuelles sur plusieurs élèves ; à Paris, un réseau de pédocriminalité en ligne a été démantelé ; à Brive-la-Gaillarde, un père de famille a été condamné à 15 ans de réclusion pour viols incestueux.
Un système sous pression
Ces affaires, bien que distinctes, partagent un point commun : des signalements souvent ignorés ou traités avec retard. Les associations de protection de l’enfance dénoncent un manque chronique de moyens dans les services de police et de justice. « Les enquêteurs sont débordés, les juges spécialisés en nombre insuffisant, et les victimes se heurtent à une machine judiciaire qui les décourage », explique un magistrat sous couvert d’anonymat.
Le gouvernement a promis des réformes, mais les professionnels du secteur restent sceptiques. « Chaque drame provoque une onde de choc, mais rien ne change en profondeur », regrette Marie Grimaud. La manifestation du 8 juin devant le ministère de la Justice, à Paris, a rassemblé plusieurs centaines de personnes réclamant des mesures concrètes.
L’affaire Lyhanna, symbole d’un échec
L’affaire Lyhanna est devenue le symbole de cet échec systémique. La jeune fille avait signalé à plusieurs reprises les violences qu’elle subissait, mais ses appels à l’aide n’ont pas été entendus. Son meurtre présumé par Jérôme Barella, un homme déjà connu pour des faits de violence, soulève des questions sur le suivi des auteurs d’infractions sexuelles.
Les inspections générales doivent rendre leurs conclusions dans les semaines à venir. En attendant, la douleur des proches de Lyhanna et l’indignation de l’opinion publique rappellent l’urgence d’une prise en charge plus efficace des violences sexuelles sur mineurs.



