Emmanuel Grégoire, premier adjoint à la mairie de Paris, a annoncé mercredi 17 juillet 2026 lors du Conseil de Paris que la Ville allait déposer une plainte en diffamation contre Rachida Dati, ancienne ministre de la Culture et candidate à la mairie de Paris. Cette décision fait suite à des propos tenus par Rachida Dati dans une interview au Figaro le 15 juillet, où elle accusait la municipalité de « pratiques mafieuses » et de corruption dans l’attribution de marchés publics.
Des accusations jugées graves
Dans cette interview, Rachida Dati affirmait que « la mairie de Paris est devenue un système de corruption organisée, avec des élus qui se servent des deniers publics pour acheter des voix et des marchés truqués ». Elle citait notamment le dossier des subventions aux associations sportives et culturelles, évoquant des « commissions occultes » versées à des proches de la majorité municipale. Emmanuel Grégoire a qualifié ces déclarations de « calomnies indignes » et a souligné qu’elles portaient atteinte à l’honneur de la Ville et de ses agents.
« Ces propos sont diffamatoires et totalement infondés. Nous ne pouvons pas laisser sans réponse des accusations aussi graves qui jettent le discrédit sur l’ensemble de l’institution municipale », a déclaré Emmanuel Grégoire lors de son intervention au Conseil de Paris. Il a précisé que la plainte serait déposée dès la semaine prochaine devant le tribunal judiciaire de Paris.
Un précédent de tensions politiques
Les relations entre Rachida Dati et la majorité d’Anne Hidalgo sont tendues depuis plusieurs mois. Ancienne ministre de la Justice sous Nicolas Sarkozy, Rachida Dati a été nommée ministre de la Culture en janvier 2024 avant d’être candidate déclarée à la mairie de Paris pour les élections de 2026. Elle multiplie les attaques contre la gestion d’Anne Hidalgo, notamment sur les questions de propreté, de sécurité et de gestion financière.
En mai 2026, elle avait déjà été condamnée pour diffamation envers un adjoint au maire après avoir affirmé que ce dernier avait « détourné des fonds publics ». Cette nouvelle plainte intervient dans un contexte électoral tendu, à moins d’un an des élections municipales de 2027.
Les réactions de l’opposition
L’annonce d’Emmanuel Grégoire a suscité des réactions contrastées. Les élus de l’opposition de droite ont dénoncé une « tentative d’intimidation » et un « détournement de l’institution judiciaire à des fins politiques ». Rachida Dati a réagi dans la foulée sur X (ex-Twitter) : « Plainte en diffamation ? Je maintiens chaque mot. La vérité finit toujours par éclater. »
De son côté, la majorité municipale a salué une « décision courageuse » et rappelé que « la diffamation est un délit qui ne saurait être toléré, surtout de la part d’une ancienne ministre qui connaît la loi ». Le groupe écologiste a appelé à « un débat politique apaisé » et a regretté que « les attaques personnelles prennent le pas sur les vrais enjeux pour les Parisiens ».
Les implications juridiques
La plainte en diffamation est une procédure classique mais complexe. En droit français, la diffamation est définie comme « toute allégation ou imputation d’un fait qui porte atteinte à l’honneur ou à la considération de la personne ou du corps auquel le fait est imputé ». La Ville de Paris devra démontrer que les propos de Rachida Dati sont faux et qu’ils ont été tenus avec l’intention de nuire.
Selon une source proche du dossier, la plainte vise à obtenir des dommages et intérêts et une publication judiciaire. « Nous ne cherchons pas à faire taire l’opposition, mais à protéger l’institution et ses agents des accusations mensongères », a précisé un conseiller municipal de Paris.
Un climat politique délétère
Cette affaire s’inscrit dans un climat politique parisien de plus en plus polarisé. Les élections municipales de 2027 s’annoncent serrées, avec une possible triangulaire entre la gauche, la droite et le centre. Rachida Dati, qui bénéficie d’une notoriété nationale, espère capitaliser sur le mécontentement des Parisiens face à la gestion d’Anne Hidalgo.
Emmanuel Grégoire a conclu son intervention en appelant à « un sursaut démocratique » : « Nous devons élever le débat et ne pas tomber dans la boue. La justice tranchera. »



