Un ostéopathe de 37 ans est jugé à partir de ce lundi devant la cour criminelle du Bas-Rhin à Strasbourg pour des viols et agressions sexuelles présumés sur 29 patientes. Ce praticien, qui exerçait depuis 2014 à Eschau, une commune cossue de la banlieue sud de Strasbourg, est accusé d'avoir abusé de l'autorité conférée par sa fonction. Il est renvoyé pour des viols sur huit patientes et des agressions sexuelles sur 21 d'entre elles.
Une affaire de confiance thérapeutique
Selon Sendegul Aras, avocate de six parties civiles, ce procès mettra au cœur des débats la question de la confiance envers les professionnels de santé. « Ces femmes ont remis leur corps à un soignant parce qu'elles pensaient que leur vulnérabilité serait protégée par l'éthique même du soin. Et c'est justement cette confiance thérapeutique qui sera au centre des débats », a-t-elle déclaré.
Placé sous contrôle judiciaire, Pierre Garitte a interdiction d'exercer son métier. Son avocat, Yves Sauvayre, affirme qu'il défendra son innocence et que ses actes n'avaient aucun caractère sexuel. En garde à vue, son client a d'abord déclaré s'être cantonné à des « points de pression dans la zone du périnée », avant de reconnaître les gestes reprochés, tout en niant toute intention sexuelle, selon une source proche du dossier.
Des faits qui remontent à 2018
La première plainte à son encontre date de 2018, mais l'enquête n'a réellement débuté qu'avec la plainte pour viol d'une patiente en octobre 2020. En épluchant son répertoire de patientes, les enquêteurs ont identifié d'autres femmes témoignant d'actes répréhensibles. Philippe Sterlingot, président de l'Union pour l'ostéopathie, a rappelé que tout toucher « interne » est proscrit dans cette profession relevant des pratiques de soins non conventionnelles.
Un tabou qui se lève progressivement
Voir un professionnel de santé jugé pour des violences sexuelles reste rare, mais ce tabou se lève depuis une dizaine d'années, selon Emmanuelle Piet, présidente du Collectif féministe contre le viol. Les professionnels de santé sont mieux formés à recueillir le consentement des patientes, et les patientes dénoncent davantage des actes anormaux. Sonia Bisch, présidente de l'association Stop aux violences obstétricales et gynécologiques, estime qu'alléguer l'absence d'intention sexuelle pour se défendre relève de la « désinformation » et d'une volonté de « brouiller les cartes ».
Des procès similaires à venir
Cette affaire s'inscrit dans une série de procès contre des professionnels de santé, comme celui du gynécologue Phuoc-Vinh Tran, renvoyé pour viols et agressions sexuelles sur une centaine de patientes, ou d'Émile Daraï à Paris, poursuivi pour violences volontaires.
Des victimes qui veulent que leur procès serve
La plupart des procès pour viol se tiennent à huis clos, mais aucune demande en ce sens n'a été déposée pour cette audience, qui doit s'achever le 12 juin. Seule une plaignante a demandé un huis clos partiel pour être entendue sans public. Anne-Sophie Wagnon-Horiot, avocate d'une patiente, a déclaré : « Ce qui envahit ma cliente, c'est que ce procès se tienne, qu'il assume ses responsabilités. Et au-delà de ça, ce qui est important pour elle, c'est que ça serve pour les autres. D'où le fait qu'on ne demande pas le huis clos : que ça puisse faire résonance chez des personnes qui n'ont pas osé, ou qui n'ont pas pu, ou qui ont cru que c'était de leur faute. »



