La justice française a rouvert l'enquête sur la mort de l'ancien ministre du Travail Robert Boulin, décédé le 30 octobre 1979 dans des conditions controversées. Le parquet de Paris a annoncé mercredi 30 juin 2021 l'ouverture d'une information judiciaire pour «recherche des causes de la mort» après une plainte déposée par la famille de l'homme politique.
Un dossier classé suicide depuis 1979
Robert Boulin, ministre sous Valéry Giscard d'Estaing, avait été retrouvé mort dans un étang de la forêt de Rambouillet, dans les Yvelines. À l'époque, l'enquête avait conclu à un suicide par noyade, une thèse que ses proches n'ont jamais acceptée. La famille a toujours évoqué un assassinat politique, pointant du doigt des révélations sur des affaires immobilières qui auraient pu mettre en cause des personnalités du gouvernement.
La décision de rouvrir le dossier fait suite à une plainte déposée en 2020 par les enfants de Robert Boulin, qui ont produit de nouveaux éléments. Selon leur avocat, Me Jean-Pierre Mignard, «des témoignages et des documents inédits accréditent la thèse d'un homicide déguisé en suicide».
Des zones d'ombre persistantes
Plusieurs zones d'ombre entourent la mort de Robert Boulin. L'autopsie pratiquée à l'époque avait relevé des traces de coups et de blessures incompatibles avec une simple noyade. De plus, le rapport toxicologique initial mentionnait la présence de barbituriques, mais ces résultats ont été contestés par des experts indépendants.
«Il y a eu des manquements graves dans l'enquête initiale, affirme Me Mignard. Des pièces ont disparu, des témoins n'ont pas été entendus, et des pressions ont été exercées pour étouffer l'affaire.» La famille espère que la nouvelle enquête permettra de faire toute la lumière sur ce qui reste l'un des dossiers les plus troubles de la Ve République.
Un contexte politique explosif
En 1979, Robert Boulin était en pleine tourmente politique. Il venait de démissionner du gouvernement après la publication d'un article dans le Canard enchaîné l'accusant d'avoir bénéficié d'un prêt immobilier frauduleux. Selon ses proches, il s'agissait d'une manipulation visant à le discréditer et à le faire taire.
«Mon père était un homme intègre, a déclaré sa fille, Blandine Boulin. Il n'avait aucune raison de se suicider. Il était déterminé à prouver son innocence.» La famille a également souligné que Robert Boulin avait été victime de menaces de mort dans les semaines précédant son décès.
Une procédure judiciaire longue attendue
L'information judiciaire a été confiée à un juge d'instruction du pôle des crimes non élucidés de Nanterre. Cette décision intervient après des années de combat judiciaire de la famille, qui avait déjà obtenu en 2019 la réouverture du dossier par la Commission nationale de révision des décisions pénales.
«C'est une étape importante, a commenté Me Mignard. Mais nous restons prudents. La justice doit maintenant travailler en toute indépendance pour établir la vérité.»
L'enquête devra notamment déterminer si la mort de Robert Boulin est bien un suicide ou s'il a été assassiné. Les investigations porteront sur les circonstances exactes du décès, les causes médicales, et les éventuelles responsabilités pénales.
Un héritage politique toujours sensible
La réouverture du dossier Boulin ravive les souvenirs d'une époque marquée par les scandales politico-financiers. Robert Boulin reste une figure respectée à droite, et son nom a été donné à des rues et des places dans plusieurs communes.
«Cette affaire est un symbole des zones d'ombre de la Ve République, estime l'historien Jean Garrigues. Elle montre comment la raison d'État a parfois primé sur la vérité judiciaire.»
La famille Boulin espère que cette nouvelle enquête permettra enfin de tourner la page. «Nous voulons juste que la vérité éclate, a conclu Blandine Boulin. Pour mon père, pour notre famille, et pour l'histoire de France.»



