Yves-Marie Bercé, historien reconnu pour ses travaux sur les révoltes populaires à l'époque moderne, est mort le 2 juillet 2026 à l'âge de 87 ans, a annoncé sa famille à l'Agence France-Presse (AFP). Il était une figure majeure de l'histoire sociale et politique de la France des XVIe et XVIIe siècles.
Une vie consacrée à l'étude des soulèvements
Né en 1939, Yves-Marie Bercé a été professeur d'histoire moderne à l'université Paris-Sorbonne (Paris IV) et membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres. Il a notamment dirigé l'École nationale des chartes, où il a formé plusieurs générations de chercheurs. Sa thèse, publiée en 1974 sous le titre Histoire des croquants, est devenue une référence sur les révoltes paysannes du XVIIe siècle.
Selon son collègue et ami, l'historien Denis Crouzet, « Yves-Marie Bercé a renouvelé l'histoire des mouvements populaires en les replaçant dans leur contexte culturel et religieux. Il montrait que ces révoltes n'étaient pas seulement des explosions de misère, mais aussi des expressions d'une vision du monde. »
Une œuvre marquante sur les « émotions populaires »
Parmi ses ouvrages les plus célèbres figure Fête et révolte : des mentalités populaires du XVIe au XVIIIe siècle (1976), où il analyse le lien entre les fêtes religieuses et les soulèvements. Il a également publié La Naissance dramatique de l'absolutisme (1992) et Le Roi absolu (2007). Au total, son œuvre compte plus d'une vingtaine de livres.
Dans un entretien accordé au Monde en 2014, Bercé expliquait : « Les révoltes populaires sont souvent vues comme des échecs, mais elles ont contribué à façonner l'État moderne. Les rois ont dû composer avec ces colères pour imposer leur autorité. »
Un héritage académique et scientifique
Yves-Marie Bercé a également joué un rôle clé dans la redécouverte des archives judiciaires comme source pour l'histoire sociale. Il a dirigé plusieurs thèses sur les conflits ruraux et urbains. En 2015, il a reçu le prix Gobert de l'Académie française pour l'ensemble de son œuvre.
« C'était un immense érudit, d'une grande rigueur, mais aussi un homme d'une grande humanité, » a témoigné l'historienne Fanny Cosandey, professeure à l'EHESS. « Il savait transmettre sa passion pour l'histoire avec une clarté rare. »
Yves-Marie Bercé laisse derrière lui une bibliothèque de travaux qui continueront d'influencer les chercheurs. Ses obsèques auront lieu dans la plus stricte intimité, a précisé sa famille.



