Michelle Dayan, une avocate au cœur des mutations du divorce
Engagée et se définissant elle-même comme une « divorceuse » en série, Michelle Dayan incarne une voix singulière dans le paysage juridique français. À la tête de l'association Lawyers for Women, qui lutte contre les violences faites aux femmes, elle publie « Nous nous sommes tant aimés, les Français et le divorce » aux Éditions de l'Observatoire. Son ouvrage offre un témoignage précieux sur l'évolution profonde de nos mœurs conjugales.
Le divorce : entre consentement mutuel et risques latents
À la lecture de ses analyses, on pourrait croire qu'un divorce serein relève de l'exception. Pourtant, Michelle Dayan nuance immédiatement cette impression : « C'est sans doute un miroir déformant puisque la moitié des divorces se font par consentement mutuel, dans un calme relatif. Mais cela reste un moment à risque. » L'avocate explique que même lorsqu'un couple affirme être d'accord sur tout, la méfiance s'impose. « Il suffit de pas grand-chose pour que le ressentiment, la haine ou l'envie d'en découdre prenne le pas », souligne-t-elle.
Les femmes, principales initiatrices des séparations
Pourquoi les femmes sont-elles majoritairement à l'origine des ruptures ? Michelle Dayan avance une théorie genrée mais fondée sur ses observations : « Je constate qu'elles n'ont pas peur d'être seules et, qu'à l'inverse des hommes, elles peuvent donc s'en aller sans forcément avoir quelqu'un d'autre dans le paysage. » Elle ajoute que les femmes possèdent un seuil de tolérance moindre à l'inconfort dans le couple, peut-être parce qu'elles passent encore plus de temps que leurs maris au foyer.
La garde alternée : une révolution émancipatrice
Pierre angulaire du couple, les enfants le sont aussi du divorce. L'essor de la garde alternée constitue selon elle un accélérateur majeur de l'émancipation féminine. « Une révolution », affirme-t-elle. « On a longtemps considéré que confier systématiquement la garde à la mère était une justice féministe. Or c'est tout l'inverse, très patriarcal. »
La garde alternée représente une heureuse façon de dire aux femmes qu'elles ne sont pas que des mères, qu'une semaine sur deux existe une vie en dehors de la maternité. Hélas, certaines n'osent toujours pas faire ce choix, inquiètes d'être accusées d'abandon. Michelle Dayan ne souhaite cependant pas la rendre obligatoire, préférant conserver une marge d'appréciation, d'autant que cette solution reste souvent l'apanage des couples ayant les moyens d'entretenir deux domiciles.
Le mariage : entre symbole et repère social
Alors que le Pacs s'impose comme alternative sérieuse, que signifie encore le mariage ? L'avocate rappelle que les motivations religieuses, matérielles et financières persistent. Subsistent aussi la force du symbole, les rêves de princesse de la petite fille et ceux de prince charmant pour les garçons. « Je pense que le mariage, désormais, rassure dans une société où règne un grand flou artistique. Une institution immuable à laquelle on peut se raccrocher, un repère », explique-t-elle.
Le divorce tardif : un tabou qui s'estompe
Le divorce des personnes âgées progresse, mais reste entouré de tabous. « Ils sont d'autant plus nombreux que l'espérance de vie en bonne santé augmente, et qu'à 65 ou 70 ans, une femme n'a plus forcément envie de se transformer en épouse ou mamie gâteau », observe Michelle Dayan. Le problème réside souvent dans la réaction des enfants, « insupportables et d'un conservatisme sans nom ». Ces derniers voient leurs habitudes bouleversées, notamment la garde des petits-enfants pendant les vacances. « J'en ai même entendu me dire que leurs parents leur volaient leur propre divorce », confie l'avocate.
L'adultère : une faute anachronique ?
Enfin, l'adultère demeure une faute pouvant être invoquée lors d'un divorce. Michelle Dayan ne le juge pas immoral : « Il n'y a rien d'immoral à ce que le devoir de fidélité demeure l'un de ceux que le Code civil applique au mariage. Après tout, les gens sont libres de ne pas se marier. » Elle conclut avec philosophie : « Mais bon, de toute éternité, on s'est juré fidélité, de toute éternité, on s'est trompé. »



