Un verdict ferme mais des zones d'ombre persistantes
La cour d'assises du Gard a rendu son verdict dans l'affaire du meurtre de Sihem, cette jeune femme de 18 ans retrouvée sans vie dans un sous-bois près d'Alès en février 2023. Mahfoud Hansali, âgé de 42 ans, a écopé de la peine maximale : la réclusion criminelle à perpétuité. Ce jugement répond à l'immense besoin de justice exprimé par la famille de la victime, qui a suivi les débats avec une dignité remarquable.
Un crime d'une rare violence
Les faits sont d'une brutalité glaçante. Sihem, qui travaillait comme babysitter pour les trois enfants de Mahfoud Hansali et de Sabrina (la cousine de la défunte), a été retrouvée étranglée et partiellement dévêtue. Le médecin légiste a estimé que son agonie avait duré entre une minute trente et trois longues minutes, un détail qui a particulièrement marqué l'audience.
L'accusé a reconnu avoir asphyxié la jeune femme dans son appartement une semaine avant la découverte du corps, qu'il avait dissimulé sous des branches. Cependant, il a toujours nié les coups portés au visage et l'étranglement, pourtant formellement établis par les expertises médicolégales. Ce déni absurde, couplé à son attitude détachée et sans émotion durant le procès, a considérablement plombé sa défense.
L'impressionnant réquisitoire de l'avocat général
Dans son réquisitoire, l'avocat général Stéphane Bertrand a demandé la peine maximale sans la moindre circonstance atténuante. Ses mots ont été sans appel : "Il y a l'horreur du crime de sang-froid et l'horreur de ce qu'il peut représenter, c'est un psychopathe pervers. Il mérite de rester dans sa cellule pour le reste de sa vie."
La défense, assurée par Mes Saint-Julien et Darrigade, a tenté de mettre en avant les aveux partiels de son client, qui a reconnu le meurtre et indiqué l'emplacement du corps. "Il a soulagé sa conscience et reconnu l'avoir étouffée, ce n'est pas simple de s'accuser de ça", ont-ils plaidé. Mais ces éléments n'ont pas suffi à infléchir la cour.
Le mobile : le grand mystère non résolu
L'énigme centrale de cette affaire reste le mobile du crime, qui n'a jamais été clairement établi. Plusieurs théories se sont affrontées durant les débats, sans qu'aucune ne s'impose définitivement.
La thèse initiale de l'accusation, évoquant un "plan foireux" de faux enlèvement destiné à arnaquer un dealer pour 10 000 euros, a rapidement perdu toute crédibilité. L'avocat général a quant à lui développé l'hypothèse d'une agression sexuelle qui aurait dégénéré, s'appuyant sur le fait que la victime a été retrouvée partiellement dénudée.
"Elle a refusé, il l'a cognée, elle a refusé, il l'a tuée pour ne pas qu'elle parle et qu'elle le dénonce. C'est pour ça qu'elle est retrouvée à demi-nue dans la forêt", a-t-il avancé, tout en reconnaissant que cette théorie n'était "pas démontrée dans le dossier".
La défense a vivement contesté cette version, la qualifiant de "thèse complètement inventée", et a évoqué une possible relation sentimentale que Sihem aurait voulu révéler. Mais aucun élément tangible n'est venu étayer cette piste.
Un moment clé : l'intervention d'une jurée
Un échange particulièrement marquant a eu lieu lorsqu'une jurée a interrogé Mahfoud Hansali sur une incohérence majeure : pourquoi aurait-il tué Sihem pour une simple crise amoureuse, alors qu'en dix ans d'union, il n'avait jamais violenté son ex-femme ? L'accusé, désarçonné, n'a pu fournir de réponse convaincante, renforçant les doutes sur ses explications.
Un soulagement mitigé pour la famille
Malgré le verdict, la famille de Sihem et ses avocats, Mes Bourkab et Battikh, restent avec des questions sans réponse. Ils gardent le souvenir d'une jeune femme "solaire, joyeuse et pleine de vie", dont le prénom "est devenu un vide, un silence, une voix qui ne répondra plus quand on l'appelle".
Un élément apporte toutefois un semblant d'apaisement : Mahfoud Hansali a accepté la peine et ne fera pas appel, selon ses avocats. Il honorera ainsi sa parole de ne pas prolonger le calvaire judiciaire des proches de Sihem.
À noter : Mahfoud Hansali doit également être jugé les 27 et 30 mars aux assises du Gard pour un braquage commis un an avant le meurtre de Sihem, rappelant le parcours criminel de l'individu.



