Procès de Matthieu Valen : Hôpital psychiatrique ou prison pour l'auteur de l'attaque de Sadirac ?
Matthieu Valen : Hôpital ou prison après l'attaque de cyclistes ?

Le dilemme judiciaire de Matthieu Valen : Maladie mentale ou responsabilité pénale ?

La cour d'assises de la Gironde est confrontée à une question cruciale depuis mardi 24 mars : le cas de Matthieu Valen, 41 ans, jugé pour assassinat et tentatives d'assassinats, relève-t-il de l'hôpital psychiatrique ou de la prison ? Cet homme est accusé d'avoir délibérément foncé sur un groupe de cyclistes à Sadirac, le 12 novembre 2022, provoquant la mort d'Hubert de Mecquenem, 67 ans, et blessant trois autres personnes.

Un récit glaçant et méthodique

Au deuxième jour de son procès, le 25 mars, Matthieu Valen a exposé avec un détachement troublant les raisons de son passage à l'acte. « J'ai d'abord pensé utiliser un revolver, mais c'est très compliqué de s'en procurer un. J'aurais préféré, cela aurait été moins douloureux pour les victimes », a-t-il déclaré. Il a ensuite expliqué avoir envisagé d'utiliser sa voiture comme une arme après avoir vu des faits similaires aux actualités.

L'accusé a décrit une préparation minutieuse : « Je me suis intéressé à la Gironde, car le réseau de mes harceleurs m'empêchait d'agir en Dordogne. J'ai cherché un coin fréquenté par des piétons en bord de route, mais je n'en ai pas trouvé. Finalement, j'ai vu des cyclistes et ils m'ont paru être une cible adaptée. J'ai repéré le terrain, calculé mon coup. J'ai réfléchi et fait plusieurs tentatives. Car ce n'est pas tout de vouloir commettre un homicide, encore faut-il y arriver ».

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

L'absence d'empathie face à la souffrance des victimes

Sur le banc des parties civiles, les survivants et les proches du défunt ont écouté en silence ce récit débité sans la moindre empathie. Plus tôt, ils avaient pris la parole à la barre pour décrire leur souffrance persistante, leurs angoisses de mort et leur sentiment de culpabilité d'être encore en vie. Olivia, l'une des rescapées, a imploré les juges : « Je sais que la décision que vous avez à prendre n'est pas facile, mais il faut qu'elle permette que l'auteur ne puisse plus jamais recommencer. Qu'Hubert ne soit pas mort pour rien ».

Interrogé par la présidente Marie-Noëlle Billaud sur ses sentiments après avoir entendu les parties civiles, Matthieu Valen a répondu : « Tout cela est triste et je suis très embêté. Ce qu'ils vivent est horrible. Je ne cherche pas à m'accorder des circonstances atténuantes, mais malheureusement il y a une affaire. Il y a des hauts fonctionnaires, des cadres derrière tout ça. Il y a une part de légitimité à avoir agi comme je l'ai fait, au vu de ce qui est pratiqué contre moi ».

Un délire paranoïaque persistant

Plus de trois ans après les faits, Matthieu Valen reste convaincu d'être persécuté par « un réseau de harceleurs ». Il explique son passage à l'acte comme sa seule solution pour être « entendu » par la justice et « condamné à la perpétuité », afin d'être « protégé en prison » de ses prétendus persécuteurs.

De nombreux psychiatres et psychologues se sont penchés sur son cas, s'accordant tous sur un diagnostic fondamental : Matthieu Valen souffre d'une psychose paranoïaque. Avant le crime, ce technicien supérieur placé en invalidité était suivi par un psychiatre à Bergerac depuis six ans.

Le témoignage du psychiatre traitant

Entendu par la cour mercredi matin, le médecin a expliqué avoir proposé à plusieurs reprises des traitements à son patient, refusés systématiquement puisque ce dernier ne se considérait pas comme malade. « La question d'une hospitalisation sous contrainte s'est posée, mais pour cela, il faut au minimum une situation de crise, ce qui n'était pas le cas. Monsieur Valen souffrait d'une pathologie, mais il était toujours d'humeur égale, il ne se montrait dangereux ni pour lui, ni pour les autres », a-t-il témoigné.

Le psychiatre a ajouté : « Dans ce schéma délirant de type paranoïaque, les solutions thérapeutiques sont décevantes. On ne peut pas avoir de grande ambition. La seule chose qu'on puisse faire, c'est observer, surveiller l'évolution. On ne peut pas tout anticiper. Quand j'ai appris les faits, je suis tombé des nues ».

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

La divergence des experts psychiatres

La question centrale du procès est de savoir si ce trouble grave a aboli ou altéré le discernement de Matthieu Valen au moment des faits, déterminant ainsi sa responsabilité pénale. Deux collèges d'experts psychiatres ont répondu différemment.

Le Dr Roland Coutanceau a développé mardi soir les raisons qui l'ont conduit à retenir une simple altération du discernement : lors des faits, la maladie n'occupait pas toute la place, Matthieu Valen était conscient de son acte, qu'il avait préparé méthodiquement, et conscient de la différence entre le bien et le mal.

Le Dr Jacques Bertrand a répliqué en défendant une abolition complète du discernement : « Par définition, un délire paranoïaque fait corps avec la personnalité. C'est normal qu'un paranoïaque prépare ce qu'il va commettre de façon méthodique. Dans le cas de M. Valen, l'infraction est en rapport avec son délire de persécution massif. Non traité, il reste extrêmement dangereux car n'importe qui peut devenir, dans sa logique, son persécuteur ».

La plaidoirie des parties civiles

Me Aurélie Journaud, avocate des parties civiles, a reconnu dans sa plaidoirie la difficulté de juger cette affaire : « Qu'il est difficile de juger cette affaire ! ». Elle a poursuivi avec fermeté : « Matthieu Valen doit être enfermé longtemps, très longtemps. Cet enfermement doit être sécuritaire pour tous. Au vu du danger qu'il représente et du risque de récidive qui nous échappe ».

La cour et les jurés doivent maintenant trancher ce dilemme complexe entre prise en charge psychiatrique et sanction pénale. Le verdict est attendu ce jeudi, mettant fin à un procès qui interroge profondément les frontières entre maladie mentale et responsabilité criminelle.