Marine Le Pen a déclaré mercredi sur LCI ne « pas avoir peur » du jugement en appel dans l’affaire des assistants parlementaires européens du Front national. Condamnée en première instance à cinq ans d’inéligibilité avec exécution immédiate pour détournement de fonds, la cheffe de file du Rassemblement national (RN) joue son avenir politique. « Quoi qu’il arrive, je ne serai pas morte », a-t-elle affirmé, affichant sa détermination.
Un verdict attendu ce mardi à 13h30
C’est ce mardi, à 13h30 dans la 1ère chambre civile de la cour d’appel de Paris, que la sentence tombera. Pour pouvoir être candidate à la présidentielle pour la quatrième fois, Marine Le Pen doit espérer voir sa peine réduite à deux ans ou moins d’inéligibilité et éviter le bracelet électronique. « Il y a de la colère, du stress et de l’espoir. On vit une situation exceptionnelle. D’habitude, ce sont les adhérents qui choisissent leur candidat. Pour nous, ça se fera dans le bureau d’un juge, c’est inquiétant pour la démocratie », a confié Gilles Pennelle, eurodéputé RN.
Les cadres du RN attaquent la justice
À quelques heures du délibéré, les cadres du RN réitèrent leurs attaques contre la justice. « Le premier jugement était un peu partisan. Cette fois, on a de l’espoir, car si on applique le droit, on gagne », a déclaré Philippe Olivier, député européen et conseiller spécial de Marine Le Pen. Ce second procès s’est déroulé dans une atmosphère plus apaisée, mais la stratégie de défense n’a que peu varié. Le parquet général a requis quatre ans d’emprisonnement dont trois avec sursis, 100 000 euros d’amende et, surtout, cinq ans d’inéligibilité.
Si les juges suivent les conclusions des avocats généraux, Marine Le Pen verra son rêve d’Élysée pour 2027 prendre fin. « Sa vie publique a été entièrement consacrée à la politique et à la conquête du pouvoir. Si elle devait buter sur cet ultime obstacle judiciaire, ce serait moralement et psychologiquement très difficile à supporter », a confié Roger Chudeau, député RN du Loir-et-Cher. « Mais c’est une femme de fer, elle jouera un rôle important auprès de Jordan Bardella », a-t-il ajouté.
Une mort politique ? Ses proches disent non
Les proches de Marine Le Pen assurent qu’en cas d’inéligibilité confirmée, elle ne serait pas abattue ni morte politiquement. « Ce serait dur pour elle. Rien ne lui serait épargné. Mais c’est du Breton qui ne renonce jamais. Elle a montré son incroyable capacité de résilience, face à son père, ou en 2017 [après le débat raté]. Comme Ulysse dans l’Odyssée d’Homère, ces épreuves la renforcent », a tenté Gilles Pennelle. Philippe Olivier a renchéri : « Les Le Pen ont l’habitude de prendre des coups, comme Mike Tyson sur le ring. »
L’eurodéputé, également gendre de Marine Le Pen, a osé une comparaison déroutante : « si elle était empêchée, elle acquerrait une notoriété morale particulière, pas du tout infréquentable, car elle serait victime d’une injustice énorme, un peu comme Nelson Mandela. Quand vous empêchez le principal opposant à se présenter, même habillé de juridique, ça lui donne une parole plus forte », a-t-il dit.
Un tournant pour le RN
Marine Le Pen a confirmé qu’en cas d’inéligibilité, elle garderait un rôle important dans la prochaine campagne auprès de Jordan Bardella, président du mouvement. Mais au-delà de la communication autour du « duo » parfaitement soudé, les divergences des derniers mois ont montré que l’exercice sera loin d’être une partie de plaisir. Quel que soit le jugement ce mardi, ce sera un tournant. « Le 7 juillet est coché de longue date dans nos calendriers, cela marquera le début de la campagne », a convenu Gilles Pennelle.
L’avocat de Marine Le Pen avait prévenu à sa manière la juge lors de sa plaidoirie : « Cette élection présidentielle rend l’arrêt que vous aurez à rendre vertigineux. » Au bord du précipice, Marine Le Pen n’a plus qu’à espérer.



