Le rapporteur de la commission d'enquête parlementaire sur la sécurisation des musées, Alexis Corbière, a présenté jeudi un rapport accablant pour la direction du Louvre. Il y dénonce une gestion qui a « relégué au second plan » les questions de sûreté ces dernières années, au profit d'objectifs de rayonnement et d'influence. Cette commission, présidée par Alexandre Portier (LR), a été constituée début décembre après le spectaculaire cambriolage du 19 octobre au Louvre, où huit joyaux de la Couronne estimés à 88 millions d'euros ont été dérobés en plein jour. Ce vol a mis en lumière d'importantes failles de sécurité dans le musée qui accueille près de 9 millions de visiteurs par an.
Des failles connues mais ignorées
Selon Alexis Corbière, des « failles en matière de sûreté et de sécurité » étaient « connues » grâce à une série de rapports, notamment deux audits datant de 2017 et de 2019 réalisés par le joaillier Van Cleef & Arpels, qui pointaient « l'obsolescence » des dispositifs de sûreté. Ces alertes n'ont pas été suffisamment prises en compte. La Cour des comptes avait déjà conclu début novembre que le Louvre avait « privilégié des opérations visibles et attractives » au détriment de la sécurité. Une enquête administrative lancée après le cambriolage a également montré une « sous-estimation chronique » des risques.
Des priorités de gestion contestées
Le rapporteur critique vivement l'ancienne direction, en particulier l'ex-présidente Laurence Des Cars, nommée en 2021, et son prédécesseur Jean-Luc Martinez. Il regrette un « retard » de « un peu plus de deux ans » dans la mise en œuvre du schéma directeur des équipements de sûreté (Sdes), dont le premier calendrier avait été acté en 2019. Il dénonce également « l'absence de contrôle de la tutelle à l'égard des choix de la direction », une lacune due au mode de nomination des dirigeants par décret de l'Élysée.
Une réforme des modes de nomination
Pour remédier à ces dysfonctionnements, Alexis Corbière propose de revoir la procédure de nomination des dirigeants des musées. Il suggère qu'ils soient élus de manière transparente par le conseil d'administration de l'établissement, où siégeraient notamment des parlementaires. Cela permettrait de sortir d'une logique de « fait du prince » présidentiel. Parmi ses autres recommandations figurent l'augmentation des moyens du fonds de sûreté créé par l'ancienne ministre de la Culture Rachida Dati, doté de 30 millions d'euros, ainsi que le renforcement des effectifs de la Mission sécurité, sûreté et audit du ministère de la Culture, qui ne compte que trois équivalents temps plein pour plus de 1 200 musées.
D'autres pistes d'amélioration
Le rapport préconise également de recruter davantage d'agents de sûreté titulaires, d'éviter le recours aux contractuels, et d'améliorer l'attractivité de ces métiers par une revalorisation salariale. Enfin, Alexis Corbière s'interroge sur la pertinence du plan « Louvre Nouvelle Renaissance » annoncé en 2025 par Emmanuel Macron, qui prévoit la rénovation du bâtiment et l'aménagement d'un nouvel espace pour La Joconde. Il juge « incompréhensible » l'objectif d'accueillir 12 à 15 millions de visiteurs après les travaux, compte tenu de l'impact de la surfréquentation sur le bâtiment et sur les conditions de travail du personnel.



