Huit ans après la mort du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, un magistrat français va se pencher sur l’affaire. « Un juge d’instruction du pôle crimes contre l’humanité va désormais instruire la plainte (des associations) Trial International et de Reporters sans frontières », pour tortures et disparitions forcées, a confirmé le Parquet national antiterroriste (Pnat).
Une plainte déposée en 2022
L’ouverture de cette enquête fait suite à une plainte des associations Trial international, qui « lutte contre l’impunité des crimes internationaux », et Democracy for the Arab World Now (Dawn), l’organisation qui employait Jamal Khashoggi. Elles avaient saisi la justice en juillet 2022, à l’occasion d’un passage en France de Mohammed ben Salmane, et avaient ensuite été rejointes par une plainte de Reporters sans Frontières.
Une procédure longue
Après plusieurs années de procédures, durant lesquelles le parquet s’est opposé à l’ouverture d’une enquête en France, considérant que les associations n’étaient pas recevables, la cour d’appel a fini par accéder à la demande de Trial international et RSF, dans une décision rendue lundi 11 mai et dont l’AFP a eu connaissance. Le Pnat a dit « prendre acte de cette décision, qui n’invalide pas pour autant (son) interprétation » des textes sur la recevabilité des associations à porter plainte pour ce type de crimes.
La plainte déposée en 2022 vise directement le prince héritier saoudien « MBS » pour sa complicité dans la disparition du journaliste dissident, assassiné au consulat saoudien à Istanbul. Le texte de 42 pages affirme par ailleurs que ce dernier « ne bénéficie pas de l’immunité de poursuite car, en tant que prince héritier, il n’est pas chef d’État ». Si le royaume d’Arabie saoudite est gouverné de facto par le prince, son père, le roi Salmane, reste le souverain en titre.
Un crime atroce
Le corps de Jamal Khashoggi n’a jamais été retrouvé, depuis son entrée dans le consulat turc d’Istanbul pour une démarche administrative le 2 octobre 2018. À l’intérieur, il est tué puis son cadavre est découpé à la scie et transporté dans des valises. Riyad avait fini par reconnaître la mort de l’homme, évoquant une « rixe ». En juillet 2020, 26 ressortissants saoudiens avaient été jugés par la Turquie, en leur absence, pour ces faits.
Dans un rapport, les services secrets américains avaient pointé la responsabilité directe du prince héritier Mohammed ben Salmane dans cet assassinat. L’Arabie saoudite avait été vivement critiquée, mise au ban un temps de la communauté internationale, mais les relations diplomatiques se sont depuis normalisées.
Réactions des avocats
« Le crime dont a été victime Jamal Khashoggi est un crime abominable décidé et planifié au plus haut niveau de l’État saoudien qui a fait exécuter un journaliste qui était une voix dissidente et indépendante », a réagi l’avocat de Reporters sans Frontières, Me Emmanuel Daoud. « Il ne devrait plus y avoir d’obstacle à l’ouverture d’une information judiciaire portant sur le crime atroce de Jamal Khashoggi », a salué de son côté l’avocat de Trial international, Me Henri Thulliez.



