Le chignon graphique de Géraldine Pailhas, mardi soir, c'était lui. La banane faussement décoiffée de Ludivine Sagnier, lui encore. Doria Tillier, Souheila Yacoub : depuis quelques jours, les célébrités défilent entre les mains de Pierre Saint Sever. Dans la suite Dior-Dyson au Martinez où il officie et nous reçoit entre deux tignasses, le coiffeur studio parle avec cette précision des passionnés qui pensent autant en volumes qu'en émotions. « À Cannes, sur le tapis rouge, tout se voit de devant, de derrière, de profil. »
La coiffure comme langage cinématographique
Depuis douze ans, chaque mois de mai sur la Croisette, le professionnel raconte des histoires. Chez Pierre Saint Sever, la coiffure n'est jamais un simple détail esthétique. C'est un langage parallèle, un prolongement du personnage, du film, de la robe, parfois même de l'humeur du jour. Il cite volontiers Zendaya, devenue pour lui l'exemple parfait de cette narration mode-cinéma. Lors de la promotion de Dune, chaque apparition de l'actrice semblait dialoguer avec l'univers du film. « Tout est cohérent avec le personnage. C'est ça qui devient passionnant aujourd'hui. »
L'art du naturel étudié avec Pedro Almodóvar
Cette logique du récit, il l'a aussi expérimentée récemment à Madrid, lors d'un shooting pour Vogue Espagne autour du nouveau film de Pedro Almodóvar, Autofiction, déjà en salles en Espagne et présenté à Cannes mardi prochain. Pierre Saint Sever y coiffait le cinéaste « aussi gentil que charismatique et très attentif à ses cheveux » et plusieurs actrices du casting. Sur le plateau, tout devait donner une impression de naturel étudié : des actrices en résidence, supposées lire tranquillement un scénario, dans des looks sophistiqués qui avaient pourtant l'air improvisés. « Beaucoup de travail pour obtenir un effet "air de rien". »
Du salon à la Croisette
Pierre est tombé dans la coiffure très tôt. À 16 ans, il quitte le lycée pour entrer en apprentissage coiffure. « Je séchais déjà les cours le mercredi pour aller regarder travailler les coiffeurs. » À Bordeaux, loin des capitales de mode, il nourrit pourtant déjà des rêves de défilés et d'images spectaculaires. À la télévision, les shows de Jean Paul Gaultier le fascinent. « Cette créativité, cette imagerie… » À défaut d'accéder directement à la mode, il choisit les salons. Pendant plus d'une décennie, il construit sa technique, sa clientèle. Bien, trop bien, même. « Mon planning était plein dix jours à l'avance. Je me suis demandé si ma vie allait rester aussi facile. » Alors avant 30 ans, il plaque la sécurité pour le studio et la mode. Londres d'abord, Paris ensuite. Et Cannes, donc, chaque mois de mai. « Une autre planète encore ! sourit-il. Ce n'est ni du salon, ni vraiment de la mode. C'est un métier à part. »
Imprévus et rencontres
Ici, il faut composer avec les imprévus permanents. Un jour, une robe bleue prévue pour le tapis rouge craque à quelques minutes du départ. Changement de tenue, donc changement total de coiffure, dans un couloir, en courant jusqu'à la voiture. Ce sont souvent les rencontres qu'il retient. Une actrice brésilienne arrivée en retard, paniquée, qu'il coiffe en cinq minutes. « Quand elle s'est vue prête, elle a oublié tout le stress. » Ou sa première rencontre avec Géraldine Nakache, devenue une fidèle. « Elle a ouvert la porte et m'a dit : "Toi, je t'aime." Depuis, on ne se quitte plus. »



