Jeux vidéo : une psychologue critique la diabolisation du secteur
Jeux vidéo : une psychologue critique la diabolisation

Celia Hodent, docteure en psychologie et spécialiste de l'expérience utilisateur dans les jeux vidéo, a accordé un entretien pour faire le point sur les risques potentiels des jeux vidéo pour les mineurs, à quelques semaines de la fin de la mission demandée par Emmanuel Macron sur ce sujet. Selon elle, « pointer du doigt un objet culturel » ne règle pas les problèmes économiques et sociaux plus profonds.

L'expérience utilisateur : un outil de divertissement

Interrogée sur la notion d'expérience utilisateur (UX), Celia Hodent explique qu'elle consiste à aider le joueur à accomplir ses objectifs pour qu'il puisse ressentir les intentions artistiques et de design du titre. « Au même titre qu'un magicien manipule votre attention, un jeu vidéo fait la même chose », précise-t-elle, soulignant que le joueur paie pour être diverti et accepte que ses perceptions et émotions soient manipulées, comme au cinéma.

Les mécanismes problématiques pour les mineurs

Certains mécanismes de jeux vidéo présentent des risques, notamment pour les enfants et adolescents dont le cerveau n'est pas encore mature. Les « loot boxes », ces pochettes surprises virtuelles payantes au contenu aléatoire, sont particulièrement pointées du doigt. « Cela encourage à jouer plus pour accumuler de la monnaie dans le jeu, ou à acheter cette monnaie virtuelle pour les débloquer, ce qui est similaire aux mécanismes des jeux d'argent, interdits aux mineurs en France », souligne-t-elle. Un autre mécanisme problématique est le sentiment de FOMO (Fear of Missing Out), la peur de rater quelque chose, qui pousse le joueur à se connecter régulièrement sous peine de perdre les récompenses accumulées. « C'est une chose de récompenser la persévérance, mais c'en est une autre de forcer à jouer sous peine d'être puni », ajoute-t-elle.

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Violence et jeux vidéo : un lien non établi

Concernant l'impact des jeux violents, Celia Hodent est claire : « Aucune étude ne montre que cela change la personnalité sur le long terme. » Elle reconnaît que jouer à des jeux violents peut énerver à court terme, comme un jeu de course, mais cela ne justifie pas une panique morale. Les systèmes de notation et de critères d'âge existent déjà pour protéger les joueurs.

Une mission qui fait débat

La mission demandée par Emmanuel Macron sur les risques potentiels des jeux vidéo suscite des interrogations. Pour Celia Hodent, le jeu vidéo est souvent utilisé comme bouc émissaire. « Au lieu d'essayer de régler des problèmes économiques et sociaux beaucoup plus compliqués, comme l'éducation ou la santé mentale, on pointe du doigt un objet culturel important en France », regrette-t-elle.

Interdire n'est pas la solution

Quant à l'idée d'interdire certains jeux aux plus jeunes, suggérée par le président, Celia Hodent est sceptique. « Le bannissement ne marche pas bien, comme l'ont montré les expériences en Corée du Sud et en Chine. Les enfants passent au travers. » Elle souligne que les méthodes de contrôle d'identité sont facilement contournées par l'intelligence artificielle, et que les enfants ont aussi des droits, comme celui de jouer et d'accéder à des espaces sociaux. Elle appelle à responsabiliser davantage les plateformes et les éditeurs, et invite les consommateurs à ne pas soutenir les jeux qui exploitent les joueurs.

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