Josu Ternera face à la justice française : l'extradition vers l'Espagne en jeu
Josu Ternera : son procès à Paris et la menace d'extradition

Josu Ternera face à la justice française : l'extradition vers l'Espagne en jeu

L'homme maîtrise l'art de l'esquive comme nul autre. José Antonio Urrutikoetxea Bengoechea, alias Josu Ternera, l'a pratiqué pendant des décennies face aux forces de l'ordre espagnoles, à la Garde civile et aux justices hispano-françaises. À 75 ans, son procès s'ouvre enfin à Paris, avec six mois de retard et après plusieurs reports depuis 2021. L'ancienne figure emblématique du séparatisme armé basque cherche avant tout à éviter son extradition vers l'Espagne, réclamée depuis longtemps par Madrid. C'est précisément l'enjeu central de cette audience : les magistrats devront décider s'il doit ou non répondre de ses actes devant la justice espagnole.

Les accusations en France et la stratégie d'évitement

En France, où il réside à Anglet, près de Bayonne, Josu Ternera est accusé d'avoir appartenu à l'organisation terroriste ETA entre 2002 et 2005. Il encourt dix ans de prison et une amende de 225 000 euros. L'issue demeure incertaine, mais une constante persiste : jusqu'à présent, il a systématiquement échappé aux conséquences judiciaires de ce côté des Pyrénées. Déjà acquitté par le tribunal correctionnel de Paris dans une autre affaire, il avait été condamné à cinq ans de prison en 2010. Cependant, jugé par contumace – une procédure impossible en Espagne –, son avocat avait obtenu un report. En octobre dernier, invoquant des problèmes de santé liés à l'hypertension, l'audience avait été une nouvelle fois ajournée.

Les trois affaires majeures qui pèsent en Espagne

Si l'extradition est ordonnée, la situation deviendra bien plus périlleuse pour Josu Ternera. En décembre 2025, le juge Santiago Pedraz de l'Audience nationale de Madrid a émis un mandat d'arrêt le qualifiant de « un des principaux dirigeants du groupe terroriste ETA ». Il est poursuivi pour trois dossiers d'importance :

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  • Le financement historique d'ETA via les herriko tabernas, ces bars qui structuraient le réseau social du mouvement séparatiste armé.
  • Sa possible implication dans l'attentat contre la caserne de la Garde civile de Saragosse en 1987, qui fit onze morts, dont cinq fillettes.
  • Son rôle présumé dans le dernier attentat sanglant de l'organisation, ayant coûté la vie à deux personnes au terminal 4 de l'aéroport de Barajas à Madrid en 2006.

Josu Ternera a toujours nié ces accusations, se présentant comme un simple militant indépendantiste. Il met en avant son « rôle décisif » dans la dissolution d'ETA en mai 2018, lui qui lut le communiqué final à visage découvert.

Une trajectoire qui épouse l'histoire sanglante d'ETA

Pour les observateurs de la lutte armée basque, Josu Ternera incarne comme personne la durée et l'évolution d'ETA. Fondée en 1959, Euskadi Ta Askatasuna a sévi pendant près de six décennies, commettant au moins 854 assassinats contre des forces de l'ordre, des élus et des journalistes. Sa trajectoire personnelle épouse presque intégralement celle de l'organisation. À 17 ans, il taguait « Lucha » dans un cimetière, avant d'acheter un revolver à Bayonne l'année suivante. Il gravit tous les échelons : membre de l'exécutif militaire en 1980, numéro deux en 1984, puis chef en 1987 après la mort de Txomin.

Les années de plomb et la cavale

Les années 1980, période la plus meurtrière, le voient commander des attentats majeurs, comme celui de l'Hipercor à Barcelone (21 morts, 45 blessés) et celui de la caserne de Saragosse. Farouche opposant aux pourparlers de paix, il croit alors possible la victoire par les armes. Élu député régional en 1998, il siège même à la commission des droits de l'homme du parlement basque l'année suivante. En 2003, face à une condamnation imminente, il prend la fuite. Pendant 17 ans, il échappe à toute arrestation, jusqu'à sa capture à Sallanches, près de Chamonix.

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En 2023, dans une interview retransmise sur Netflix, il admet avoir participé à des « opérations armées », qualifie l'attentat de Saragosse d'« erreur de calcul » et reconnaît qu'ETA s'est dissoute « trop tard ». Le journaliste Jordi Évole confiera avoir eu « froid dans le dos » après cet entretien. Aujourd'hui, le procès de Paris déterminera si Josu Ternera devra enfin rendre des comptes pour ces décennies de violence.