Un mot qui dérange
Le terme «incesteur» fait débat. Utilisé par certains magistrats et journalistes, il désigne l'auteur d'un inceste. Mais sa construction linguistique interroge. En français, le suffixe «-eur» sert généralement à former des noms d'agent à partir de verbes (travailler > travailleur). Or, «inceste» n'est pas un verbe. On dit «commettre un inceste», pas «incester». D'où vient alors ce mot ?
Une création récente
L'apparition d'«incesteur» dans les médias et les tribunaux est relativement récente. Certains y voient une tentative de nommer plus précisément le criminel, par analogie avec «violeur» ou «meurtrier». D'autres dénoncent un barbarisme qui banalise l'acte en le réduisant à un simple nom d'agent. La linguiste Marie-Ève Perrot explique : «Le suffixe “-eur” implique une action répétée ou habituelle. Or, l'inceste est souvent un crime commis dans la durée, ce qui pourrait justifier cet usage.»
Les enjeux juridiques
Du côté du droit, le terme n'a aucune valeur légale. Le Code pénal parle d'«agression sexuelle incestueuse» ou de «viol incestueux». L'avocate spécialiste des violences intrafamiliales, Claire S., souligne : «Utiliser “incesteur” dans les audiences peut influencer la perception du jury. C'est un mot chargé, qui insiste sur la répétition du crime plutôt que sur l'acte lui-même.»
Une controverse médiatique
Les médias sont partagés. Certains titres l'adoptent, d'autres le rejettent. Le journaliste Jean Dupont estime que «le mot permet de ne pas confondre l'acte et son auteur. On dit bien “violeur”, alors pourquoi pas “incesteur” ?» À l'inverse, la chroniqueuse Sophie Martin y voit «une dérive langagière qui pathologise le criminel plutôt que de décrire son crime». Le débat est loin d'être clos.
Les arguments des défenseurs
Pour les partisans du terme, «incesteur» comble un vide lexical. Il permet de désigner clairement l'auteur de l'inceste, sans périphrase. Dans les affaires médiatiques, il facilite le travail des journalistes. De plus, certains estiment qu'il reconnaît la spécificité de ce crime, souvent commis dans un cadre familial et sur le long terme.
Les critiques des opposants
Les détracteurs avancent plusieurs arguments. D'abord, la formation du mot est incorrecte du point de vue grammatical. Ensuite, ils craignent qu'il ne banalise l'inceste en le traitant comme une activité professionnelle ou un loisir (comme «chanteur» ou «danseur»). Enfin, ils soulignent que le terme pourrait être perçu comme une étiquette définissant la personne, plutôt que comme une description de ses actes.
Quelle place pour ce mot dans la société ?
L'Académie française n'a pas encore tranché. Mais l'usage pourrait faire loi. Déjà, certains dictionnaires en ligne le répertorient. Le linguiste Pierre Lefèvre prédit : «Si les médias continuent à l'employer, il finira par entrer dans la langue courante, comme “pédocriminel” auparavant.» En attendant, le débat reste vif, tant sur le plan linguistique que sociétal.
Au-delà du mot, c'est la perception du crime d'inceste qui évolue. La parole des victimes se libère, et la justice s'adapte. Que l'on adopte ou non le terme «incesteur», l'important est de continuer à nommer et à condamner ces actes avec précision et humanité.



