Le nouveau gouvernement hongrois, dirigé par le Premier ministre Viktor Orban, a annoncé une reprise en main des médias publics, une décision qui soulève des questions sur l'indépendance de la presse dans le pays. Cette mesure vise à renforcer le contrôle gouvernemental sur les diffuseurs publics, déjà largement sous influence depuis l'arrivée au pouvoir d'Orban en 2010.
Une consolidation du contrôle gouvernemental
Selon un décret publié mercredi, le gouvernement a nommé de nouveaux directeurs à la tête des principaux médias publics, notamment la télévision nationale (MTVA) et l'agence de presse MTI. Ces nominations interviennent après que le Parlement a adopté une loi permettant au gouvernement de nommer directement les dirigeants des médias publics, contournant ainsi les procédures de sélection indépendantes.
Le gouvernement justifie cette décision par la nécessité d'assurer une "information objective et équilibrée" et de lutter contre ce qu'il appelle les "fake news" propagées par les médias étrangers. Cependant, les critiques y voient une nouvelle étape dans la mainmise d'Orban sur les médias, déjà qualifiés par certains observateurs de "porte-parole du gouvernement".
Un héritage de contrôle médiatique
Depuis 2010, Viktor Orban a progressivement consolidé son emprise sur les médias hongrois. Une étude de l'ONG Reporters sans frontières (RSF) indique que la Hongrie est classée 85e sur 180 pays dans son classement de la liberté de la presse en 2025, en baisse constante depuis une décennie. Les médias publics sont devenus des outils de propagande pour le gouvernement, diffusant principalement des nouvelles favorables à Orban et à son parti, le Fidesz.
"Cette reprise en main est une attaque directe contre la liberté de la presse en Hongrie", a déclaré Pavol Szalai, porte-parole de RSF. "Le gouvernement ne veut pas de journalistes indépendants, mais des relais de sa communication politique."
Réactions internationales
La décision a suscité des critiques de la part de l'Union européenne et de plusieurs organisations de défense des droits de l'homme. La Commission européenne a exprimé sa préoccupation, rappelant que l'indépendance des médias est un pilier de la démocratie. "Nous suivons de près la situation en Hongrie et nous n'hésiterons pas à prendre des mesures si nécessaire", a averti un porte-parole de la Commission.
De son côté, le gouvernement hongrois a rejeté ces critiques, affirmant que la loi respecte les normes européennes et que les médias publics doivent refléter les valeurs nationales. "Nous ne laisserons pas des intérêts étrangers dicter notre politique médiatique", a déclaré le ministre de la Justice, Judit Varga.
Impact sur le paysage médiatique
Cette reprise en main pourrait avoir des conséquences importantes sur le pluralisme des médias en Hongrie. Les médias indépendants, déjà marginalisés, risquent de voir leur accès aux sources officielles se réduire davantage. Plusieurs journalistes ont exprimé leur inquiétude quant à leur sécurité et à leur capacité à exercer leur métier librement.
Selon un rapport de l'Institut de la liberté de la presse (IPI), le nombre de médias indépendants en Hongrie a diminué de 30 % depuis 2010. La concentration des médias entre les mains de proches du gouvernement a créé un environnement hostile aux voix dissidentes.
En conclusion, la décision du nouveau gouvernement hongrois de reprendre en main les médias publics marque une nouvelle étape dans l'érosion de la liberté de la presse dans le pays. Alors que les critiques internationales se multiplient, il reste à voir si l'Union européenne et d'autres acteurs prendront des mesures concrètes pour protéger le pluralisme médiatique en Hongrie.



