Dans le Gard et plus largement en Occitanie, la question des installations illégales de gens du voyage revient régulièrement sur le devant de la scène. Entre le manque d'aires d'accueil et les occupations sauvages, les communes peinent à trouver des solutions. L'été 2025 a particulièrement illustré cette tension.
Le dimanche 27 juillet 2025, aux alentours de 15 heures, le portail du complexe sportif Jean-Philippe Lamour de Caissargues s'est fracturé. En quelques minutes, une centaine de véhicules appartenant à une communauté de gens du voyage s'est engagée sur le terrain de football de la commune. Olivier Fabregoul, le maire de Caissargues, se souvient de la rapidité de l'opération : « Ils avaient prospecté quelques jours plus tôt, ils ont fini par choisir le stade. Ce dimanche-là, quand ils ont pénétré dans l'édifice, ils sont allés très vite. »
Cinq jours plus tard, la communauté quittait les lieux. La pelouse était légèrement jaunie, mais jugée « rattrapable ». « On a eu peur, très peur. À leur départ, je peux vous dire que l'on a été vraiment soulagé », confie l'élu gardois de 61 ans. La crainte était d'autant plus vive que le complexe sportif avait été rénové quelques mois plus tôt, pour un montant de 100 000 euros. Cet épisode a tout de même coûté 5 000 euros au village.
Des occupations en série dans le Gard
À Marguerittes, commune voisine, le même scénario s'est produit au printemps dernier. Une communauté de gens du voyage s'est installée sur la plaine de Peyrouse, avec une centaine de caravanes aux abords du centre-ville. Certaines familles avaient installé des piscines, d'autres planté des tonnelles. « Nous avons été surpris par cette installation, d'autant plus que la commune dispose d'une aire d'accueil prévue pour ces communautés », explique Mathieu Laurent, directeur de cabinet du maire.
Marguerittes fait en effet figure d'exception. Avec Nîmes, situé à une dizaine de kilomètres, c'est l'une des deux seules communes du Gard à disposer d'une aire d'accueil. Un nombre « insuffisant », selon Sylvie Debart, administratrice de l'Association nationale des gens du voyage citoyen (ANGVC).
Les aires de grand passage, capables d'accueillir plusieurs centaines de véhicules, sont encore plus rares. « Il n'y en a tout simplement pas dans le département », déplore la maraîchère, engagée depuis une trentaine d'années au sein de l'ANGVC. Une anomalie, car dans le Languedoc-Roussillon, tous les départements disposent d'au moins une aire de grand passage.
La loi Besson insuffisamment appliquée
Qui peut créer des espaces pour les gens du voyage ? La question posée par Olivier Fabregoul trouve un écho dans la loi Besson II, publiée au Journal officiel le 6 juillet 2000. Celle-ci impose à toutes les villes de plus de 5 000 habitants de prévoir des aires de séjour pour les nomades. Si la loi était appliquée à la lettre, le Gard compterait plus d'une vingtaine d'aires d'accueil supplémentaires.
Mais plusieurs freins subsistent. « Déjà, il faut de l'espace, nous sur notre commune nous n'en avons pas. Et il faut surtout le mettre dans les programmes électoraux, ce n'est pas très sexy », souffle Mathieu Laurent. Hussein Bourgi, sénateur PS de l'Hérault, abonde : « Une piscine ou une médiathèque, tout le monde en veut, une aire de passage personne. »
Cette réticence des élus explique en partie la persistance des installations illégales. Selon Damien Michelet, sénateur LR d'Isère, interrogé en février dernier par Midi Libre, « on recense chaque année plus de 1 300 passages de gens du voyage dans 78 départements et plus de 500 installations illégales ».
Le Sénat planche sur un renforcement de la loi Besson
Pour tenter d'inciter les élus à installer de nouvelles zones dédiées, le Sénat a examiné, le 23 juillet dernier, une proposition de loi visant à renforcer la loi Besson. Celle-ci propose de prendre en compte « les places en aires permanentes d'accueil des gens du voyage […] pour le calcul du nombre de logements sociaux ».
Cette mesure pourrait donner un avantage aux communes qui jouent le jeu en matière d'accueil. Reste à savoir si elle suffira à endiguer les installations illégales, qui continuent de susciter des tensions dans le Gard et au-delà.



