DZ Mafia : la justice française traque ses chefs réfugiés au Maghreb et aux Émirats
DZ Mafia : traque des chefs au Maghreb et aux Émirats

DZ Mafia : la justice française intensifie la traque de ses chefs à l'étranger

Le procureur de Marseille, Nicolas Bessone, a déclaré la semaine dernière au magazine Le Point que les investigations en cours pourraient mener à de nouvelles mises en examen dans le cadre de l'opération « Octopus », un vaste coup de filet contre l'organisation criminelle DZ Mafia. « La poursuite des investigations pourrait nous permettre de mettre en examen ultérieurement d'autres cadres, y compris des personnes qui sont libres, voire à l'étranger », a-t-il affirmé.

Une structure criminelle aux têtes pensantes dispersées

Le magistrat a précisé : « On a une structure criminelle avec des têtes pensantes qui sont souvent soit à l'étranger, soit déjà incarcérées. » Il a annoncé que la prochaine étape consistera à remonter vers les circuits de blanchiment les plus sophistiqués, notamment dans l'immobilier à l'étranger. Cette stratégie s'inscrit dans un contexte où les profits du narcotrafic sont massivement réinvestis hors de France.

En novembre 2025, le ministre de la Justice Gérald Darmanin avait remis à son homologue émirati une liste de narcotrafiquants en fuite, accompagnée d'un recensement d'une quarantaine de biens immobiliers leur appartenant à Dubaï, dont la saisie a été actée. Des rapports d'enquête font également état d'avoirs en Italie et au Maghreb appartenant aux « narcos ».

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Coopération internationale renforcée

La coopération internationale demeure cruciale pour la justice française, alors que les têtes des réseaux criminels privilégient de plus en plus l'expatriation. Ils pilotent leurs activités à distance et réinvestissent leurs profits dans l'immobilier ou d'autres secteurs lucratifs hors de France. L'exemple de Félix Bingui, chef du clan Yoda à Marseille, illustre cette dynamique : arrêté au Maroc en mars 2024, il a été extradé vers la France en janvier 2025, grâce au réchauffement des relations entre Paris et Rabat.

Cette accélération de la coopération sécuritaire bilatérale est essentielle pour contrer des organisations comme la DZ Mafia, née à Marseille et dont le rayon d'action ne cesse de s'étendre. Au moins deux de ses dirigeants se trouvent actuellement en Algérie, un pays avec lequel la coopération sécuritaire reprend tout juste, après la reprise des contacts en novembre dernier et la visite à Alger, mi-février, du ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez.

Trois figures ciblées par la justice française

Selon Le Canard enchaîné et des informations concordantes, Laurent Nuñez et Gérald Darmanin ont été chargés par l'Élysée d'accélérer la traque et les extraditions des parrains des réseaux mafieux réfugiés à l'étranger, notamment au Maghreb et aux Émirats arabes unis. Au moins trois figures du narcotrafic présentes en Algérie figureraient dans les demandes françaises.

Mehdi Laribi, alias « Tic », 35 ans, originaire du quartier de Bassens à Marseille, est cofondateur de la DZ Mafia avec son frère Lamine. Condamné en 2015, libéré en 2021, il a quitté rapidement la France. Selon des enquêteurs, il se serait réfugié en Algérie, où il détient la double nationalité, après un court passage à Dubaï. Officiellement, il ne fait l'objet d'aucun mandat de recherche français, mais il reste sous surveillance. Un rapport du SIRASCO de juillet 2025, révélé par le journaliste Marc Endeweld, indique qu'il « pourrait s'être retiré des affrontements marseillais pour se concentrer sur l'importation de stupéfiants pour le réseau » et aurait étendu ses activités à Dijon.

Kamel Mimar, alias « Scarface », est monté en puissance au sein de la DZ Mafia après l'incarcération de chefs de l'organisation. Il s'est évadé lors d'une permission de sortie en avril 2024 et aurait trouvé refuge en Algérie ou au Maghreb. Soupçonné d'être à l'origine de violences récentes à Marseille, il est devenu un rival de Mehdi Laribi. Une source proche du dossier confiait au Monde : « Aujourd'hui, le milieu sait très bien que l'avenir de la DZ tient en partie grâce à lui. » Freiner son ascension nécessiterait une collaboration judiciaire et policière avec l'Algérie, actuellement difficile.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Mohamed Djeha, alias « Mimo », né à Béjaïa en 1981, est une cible prioritaire de l'Office français antistupéfiants (Ofast). Condamné à plusieurs reprises, il a quitté la France dès 2018, se déplaçant fréquemment entre les Émirats, l'Algérie et le Maroc. Arrêté à Oran le 15 juin 2023 par la police algérienne, son extradition reste compromise car il possède la double nationalité. Gérald Darmanin avait salué la coopération des autorités algériennes, mais la situation juridique complexe freine les procédures.

Enjeux et perspectives

La traque des chefs de la DZ Mafia réfugiés à l'étranger met en lumière les défis de la justice française face à la globalisation du crime organisé. La coopération internationale, bien que renforcée, se heurte à des obstacles juridiques et diplomatiques, notamment liés à la double nationalité des suspects. Les prochaines étapes des investigations, axées sur les circuits de blanchiment sophistiqués, seront déterminantes pour démanteler durablement ces réseaux criminels.