Les autoroutes françaises, nouveau front de la guerre contre la cocaïne
Face à l'intensification spectaculaire du trafic de drogue par la route, les douaniers français ont considérablement renforcé leurs dispositifs de contrôle sur les principaux axes autoroutiers du pays. Leur objectif est clair : intercepter les cargaisons de cocaine en transit vers le nord de l'Europe, qui empruntent de plus en plus les routes françaises pour contourner les ports traditionnels.
L'œil affûté des douaniers de Saint-Étienne
Sur l'autoroute A7, considérée désormais comme une véritable route de transit entre l'Europe du sud et l'Europe du nord pour les narcotrafiquants, les agents des douanes de Saint-Étienne scrutent les camions sans relâche. En mars dernier, leur vigilance a été récompensée par une saisie qualifiée d'exceptionnelle : plus d'une tonne de cocaïne dissimulée au fond de 22 sacs géants de terreau.
« Le camion est arrivé, il me plaisait bien ! », raconte avec une certaine fierté le douanier surnommé « Bernie », plus habitué aux saisies importantes de cannabis sur l'axe rhodanien. Cette interception de 1,145 tonne constitue la troisième plus grosse saisie de cocaïne sur voie terrestre sur le territoire national ces cinq dernières années.
Une saisie record sur l'axe rhodanien
« Sur l'A7, on trouve à peu près de tout ! », explique le douanier Bernie. « On a un énorme flux de camions qui n'est pas le même que dans certaines parties de la France. On a des camions qui viennent de partout et qui vont partout, c'est d'autant plus difficile pour faire la sélection des véhicules à contrôler. »
Renaud, responsable de la brigade des douanes de Saint-Étienne qui compte 25 agents, abonde dans ce sens : « On peut s'attendre à des remontées importantes du sud de l'Europe, avec des quantités conséquentes. J'ai bien peur qu'on soit face à un phénomène qui n'est pas prêt de s'arrêter tout de suite. »
La diversification des itinéraires de transit
Traditionnellement produite en Colombie, au Pérou et en Bolivie, la cocaïne arrivait sur le marché européen principalement par les grands ports comme Le Havre, Rotterdam ou Anvers. Mais avec le renforcement des contrôles portuaires, les trafiquants ont radicalement diversifié leurs modes d'acheminement.
« Cette route de la cocaïne, on l'a vue se densifier, si je puis dire, depuis un an et demi, avec des saisies qui représentent vraiment des volumes importants », explique Corinne Cléostrate, sous-directrice de la lutte contre la fraude. « Ce sont des saisies qu'on ne voyait pas dans de telles quantités auparavant. »
Les chiffres parlent d'eux-mêmes : en 2025, selon l'office anti-stupéfiants (Ofast), 84,3 tonnes de cocaïne ont été saisies en France, dont 59,5 tonnes acheminées par voie maritime. Mais surtout, 11 tonnes de cocaïne saisie provenaient d'Espagne et du Portugal, contre seulement 1,7 tonne en 2024. Les Douanes françaises ont à elles seules saisi 31,26 tonnes de cocaïne en 2025.
Un dispositif de contrôle renforcé
À la veille du week-end pascal, le douanier Bernie était de nouveau chef d'équipe pour les opérations de contrôle routier au péage de Veauchette, sur l'A72. Son équipe comprend notamment un maître-chien, « Pat », et son labrador de chasse qui porte le même nom que lui, ainsi qu'un porteur d'arme longue - un pistolet-mitrailleur HK UMP calibre 9 mm - pour sécuriser les interventions.
Le 23 mars déjà, le douanier Bernie s'était positionné comme « cibleur » quand un poids lourd avait attiré son attention. La drogue saisie ce jour-là au péage de Vienne sur l'autoroute A7, dans le sens sud-nord, avait été chargée dans la péninsule ibérique et partait à destination de l'Europe du nord.
Un combat inégal contre des organisations criminelles puissantes
« Le combat devient rude face à ces organisations criminelles qui ont plus d'argent que nous », défend Jean-Pierre Chappuis, directeur des douanes à Clermont-Ferrand. « On essaie de les contrer, d'anticiper leur manière de travailler. Mais elles cherchent à percer nos lignes. Et la première ligne, c'est la frontière, c'est la douane. »
Le directeur des douanes ajoute : « Avec cette saisie d'1,2 tonne, on a embêté une organisation financièrement. On ne l'a pas mise à genoux mais on l'oblige à revoir ses plans. » Le chiffre d'affaires du trafic de drogue en France a été évalué par les autorités à 7 milliards d'euros en 2025, ce qui donne une idée de l'ampleur des moyens financiers dont disposent les réseaux criminels.
La persistance de la menace
Au péage de Veauchette, les agents continuent de passer au crible les camions. Récemment, un poids lourd aux plaques roumaines a particulièrement attiré leur attention. Intercepté et contrôlé, sa cargaison a été soumise au flair infaillible du chien Pat. Cette fois, tout était en règle, et le chauffeur a pu reprendre sa route. Mais les douaniers savent que la prochaine cargaison illicite pourrait passer à tout moment.
« Avec les trafics qui augmentent, si ça se trouve, on fera encore mieux », conclut le douanier Bernie, déterminé à poursuivre cette lutte quotidienne sur les autoroutes françaises qui sont devenues un champ de bataille essentiel dans la guerre contre le narcotrafic en Europe.



