À Rennes, des « Jeux olympiques » pour dénoncer les blocages en préfecture
Des « Jeux olympiques » contre les blocages en préfecture

Les cartons ont été alignés devant les grilles de la très moderne préfecture d’Ille-et-Vilaine, à Rennes. « Acte de naissance non légalisé », « Pièce jointe trop volumineuse », « Session expirée » ou « Mot de passe invalide » peut-on lire sur chacun d’entre eux. Autant d’obstacles auxquels les personnes étrangères sont confrontées pour régulariser leur situation ou renouveler leur titre de séjour. « La préfecture est devenue un bunker, tout est dématérialisé et c’est impossible de les joindre », clame Laure, militante au sein de BougeTaPref.

Des actions dans plusieurs villes

À l’appel du collectif, des actions ont été menées ce mercredi devant les préfectures de plusieurs villes de France, comme à Lille, Grenoble, Toulouse et Marseille. Dans la capitale bretonne, des « Jeux olympiques des démarches en préfecture » étaient symboliquement organisés devant l’administration pour dénoncer « les dysfonctionnements et blocages administratifs qui empêchent des milliers de personnes étrangères d’avoir accès à leurs droits ».

L’État sommé de corriger sa plateforme

Devant les grilles de la préfecture, plusieurs demandeurs d’asile ou de titres de séjour racontent l’impossibilité d’obtenir un rendez-vous, l’absence de réponse ou les délais à rallonge. « La préfecture nous rend fous, on n’a pas de rendez-vous », « embauchez pour traiter nos dossiers », « pas d’ordinateur, des interlocuteurs », scandent en chœur la centaine de manifestants.

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Thomas, originaire du Cameroun, a déposé en début d’année une première demande de titre de séjour pour lui et sa famille après avoir été débouté du droit d’asile. « J’attends désespérément un rendez-vous mais en attendant, je ne peux rien faire. » Depuis 2020, toutes les démarches des étrangers en France passent par la plateforme de l’Anef avec la volonté affichée à l’époque de « simplifier les démarches ». Mais six ans plus tard, l’État vient de se faire taper sur les doigts par le Conseil d’État. Début mai, il a pointé de nombreux dysfonctionnements liés à cette plateforme et donné six mois aux autorités pour corriger le tir. « Même quand tout est complet, il y a toujours une pièce manquante ou alors un bug », illustre un demandeur d’asile.

« Beaucoup sont démunis face au numérique »

Surtout, pour les membres du collectif BougeTaPref, cette dématérialisation à marche forcée est discriminante. « Parmi les femmes que l’on reçoit, beaucoup sont démunies face au numérique et ne maîtrisent pas bien la langue française, donc cela les précarise encore plus », soulignent Marie-Claude et Marie-Hélène de l’association Déclic Femmes.

Élue LFI au conseil municipal de Rennes, Régine Komokoli a elle aussi vécu plusieurs années comme sans-papiers en France. « Mais quand j’ai entamé mes démarches en préfecture en 2001, il y avait au moins à l’époque un humain en face de moi qui pouvait m’aider et m’orienter, raconte-t-elle. Il y avait certes de longues files d’attente mais on était accueillis. Alors que maintenant, la préfecture ressemble à une prison. C’est incompréhensible qu’un service public se barricade ainsi. »

Même pour les étrangers en situation régulière, la situation est parfois digne d’un roman de Kafka. Originaire de Centrafrique, Ada a depuis 2017 un titre de séjour de 10 ans qui lui permet de travailler comme aide-soignante au CHU de Rennes. Mais il y a quelques mois, en voyant que son titre de voyage avait expiré, elle a entamé des démarches. « La préfecture m’a répondu qu’ils ne connaissaient pas mon dossier alors qu’ils m’ont pourtant délivré un titre de séjour », assure-t-elle. À un an de l’expiration de sa précieuse carte de résidente, elle craint désormais pour son avenir. « Si mon titre de séjour n’est pas renouvelé, alors je vais perdre mon travail », soupire-t-elle.

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Les retards peuvent causer des situations dramatiques

Bénévole au sein du Secours catholique, Eric a été témoin de situations dramatiques engendrées par des retards dans la délivrance ou le renouvellement de titres de séjour. « On voit bien que les délais augmentent car la préfecture n’a pas les moyens de traiter tous les dossiers, assure-t-il. Mais cela a des conséquences dramatiques car du jour au lendemain, des personnes qui se retrouvent sans-papiers vont perdre coup sur coup leur travail, leurs droits sociaux et leur logement. »

Contactée, la préfecture d’Ille-et-Vilaine, qui n’a pas donné suite à la demande de rendez-vous du collectif, nous renvoie vers une décision de justice. Le 18 décembre 2025, le tribunal administratif de Rennes a débouté plusieurs associations, estimant que les services en ligne actuels ne faisaient pas « obstacle à l’exercice de leur droit au séjour par les étrangers » et qu’il était possible par d’autres voies, téléphonique ou postale, de contacter la préfecture.