Des écoliers dans la peau de magistrats au tribunal de Nîmes
Ce vendredi 29 mai, les élèves de CM1 et CM2 de l'école Paul-Marcelin à Valdegour ont investi le tribunal judiciaire de Nîmes pour une expérience unique : jouer un procès fictif autour des droits de l'enfant. Pendant une matinée, ils ont endossé les rôles de présidente, procureure, avocats et témoins, dans une salle d'audience civile où les regards étaient sérieux et les voix, bien que parfois hésitantes, empreintes de gravité.
Organisée dans le cadre de la journée nationale d'accès au droit, cette audience fictive a été mise en place par le tribunal judiciaire, le conseil départemental d'accès au droit et le barreau de Nîmes. L'objectif : faire découvrir le fonctionnement de la justice aux plus jeunes. Pour l'occasion, des robes d'avocats et de magistrats ont été retouchées afin d'être adaptées aux enfants, ajoutant une touche de réalisme à l'événement.
Un procès correctionnel pour maltraitance
Le scénario, écrit et préparé pendant près de trois mois avec les enseignants, n'était pas un jeu léger. Un père était poursuivi pour violences et maltraitance sur sa fille. Les faits décrits étaient durs : l'enfant aurait été enfermée dans une niche et nourrie avec des croquettes. Les témoins, incarnés par les élèves, ont défilé à la barre : une infirmière scolaire, une institutrice, une psychologue. Tous racontaient une enfant terrorisée.
« La petite a peur de revenir chez ses parents », a soufflé la jeune psychologue. La mère, quant à elle, a expliqué être restée malgré les violences : « Je restais pour les enfants. » Face à elle, le prévenu s'est défendu maladroitement. « Elle m'a dit qu'on l'avait traitée comme un chien. Je lui ai répondu que j'allais lui montrer ce que c'était d'être réellement traitée comme tel », a-t-il déclaré avant d'avouer, presque naïvement, son amour pour les bêtes : « Les chiens sont toute ma vie. » La présidente a alors répliqué du tac au tac : « Et les chiens, vous les maltraitez ? » « Non, surtout pas », a-t-il répondu.
« La justice protège aussi »
Le réquisitoire de la procureure a impressionné la salle. « La société est scandalisée. Même votre femme a peur de vous », a-t-elle lancé. Elle a requis trois ans de prison et le retrait de l'autorité parentale contre le père, ainsi que 18 mois avec sursis pour la mère pour non-assistance à personne en danger. Après délibération, le tribunal a déclaré le père coupable et l'a condamné à quatre ans de prison avec mandat de dépôt et retrait de l'autorité parentale. La mère a écopé de 18 mois de prison avec sursis.
À l'issue de l'audience, les enfants ont retrouvé leurs sourires. « C'était génial, on a appris de nouveaux mots comme sursis ou non-assistance à personne en danger », a raconté une élève. Plusieurs ont même levé la main lorsqu'on leur a demandé qui voulait travailler dans le milieu judiciaire. « Ils se sont approprié la justice. Ils ont compris qu'elle est là pour protéger et pas seulement pour punir », a souligné Julia Salery, magistrate et coordinatrice du projet. Cette leçon de citoyenneté grandeur nature a été longuement applaudie par les familles et les professionnels du tribunal.



