Menacé d’expulsion par la Ville de Saint-Laurent-du-Var, le club nautique Var Mer a obtenu de la justice un sursis. La mairie avait intimé au club d’évacuer ses embarcations, estimant qu’elles empêchaient l’organisation du Beach sport festival. La justice a débouté la Ville, offrant un répit au centre nautique qui occupe la plage sans droit ni titre.
Un conflit autour du Beach sport festival
Au beach-volley, toute balle envoyée chez l’adversaire doit être frappée d’un coup sec. Il en va de même dans la querelle qui oppose la mairie de Saint-Laurent-du-Var au club Var Mer. À l’approche du Beach sport festival, qui aura lieu du 30 juin au 26 juillet, la municipalité a exigé l’expulsion du centre nautique. Dans une mise en demeure adressée fin avril, la Commune fait valoir la « contrainte opérationnelle majeure » que représente la présence d’embarcations à l’extrémité de la plage Cousteau, où doivent être aménagés les terrains nécessaires à la compétition.
Si l’évènement existe depuis quatre ans, les bateaux, qui ont toujours été stockés sur ce site, empêcheraient soudain le passage des « véhicules de livraison et de montage ». Une « contrainte » présentant un « caractère d’urgence particulière », selon la Ville. En deux semaines, les gérants devaient donc non seulement prévenir les quelque 60 propriétaires afin qu’ils récupèrent leur barque et débarrassent le plancher, mais aussi remettre le site en l’état, c’est-à-dire déconstruire les préfabriqués installés depuis des décennies. Le tout sous astreinte de 200 euros par jour de retard.
La justice donne raison au club
Le délai étant « intolérable et intenable », dixit le personnel du club, la requête a fini au tribunal administratif de Nice. Mais la justice a débouté la Ville, l’obligeant à rembourser les frais de procédure au club, à hauteur de 1 500 euros. Dans une ordonnance du lundi 8 juin, s’appuyant sur les observations d’un commissaire de justice, l’instance mentionne « que le passage est dégagé sur toute sa longueur et sur une largeur de 8 mètres, permettant l’accès par des camions à la plage, ainsi que l’a reconnu la Commune ». Cette dernière n’a pas répondu à nos sollicitations.
Face à un tel constat, l’urgence n’a pas été retenue. Les mesures sollicitées se heurtent en outre à « une contestation sérieuse, s’agissant du titre détenu par la commune elle-même ». Depuis décembre 2023, la concession des plages n’a pas été prorogée par l’État. « La Commune ne dispose plus d’aucun droit sur le site [...], elle est donc irrecevable à en demander [une] expulsion », avance, dans son mémoire de défense, l’avocat du club, Michel Gravé.
Réactions du président du club
Le rejet de la requête a ragaillardi le président, Régis Peurey, bien que son association occupant la plage soit sans droit ni titre et ait dû cesser toutes activités depuis décembre 2025. « Avec nos 300 adhérents, nous avons pu rebondir en nous installant à Saint-Cap-Ferrat, où l’accueil a été chaleureux. Alors qu’à Saint-Laurent, la mairie enrage de savoir qu’elle perd un moyen de pression », considère-t-il. Avant de poursuivre, acerbe : « Ils veulent absolument nous faire dégager. Ça relève de l’acharnement. C’est à se demander pourquoi... Sérieusement, l’argument du beach-volley est fallacieux, ce festival n’a jamais posé problème. Cette procédure vise à nous faire peur, à nous faire partir. » Manifestement, ça n’a pas marché.
Un club toujours sans droit ni titre
Gagner une bataille judiciaire n’est pas gagner la guerre. Le club est sur un siège éjectable depuis sa fermeture par arrêté municipal, en décembre 2025. Peu avant, les services de l’État avaient relevé de graves irrégularités : située sur une zone classée en 2024 comme submersible, la base navale ne possédait pas d’autorisation d’occupation du domaine public maritime depuis deux ans. Émise par le club en janvier, une requête de suspension d’urgence a été rejetée par la justice. Une requête en annulation n’a pas encore été traitée. Son rejet signerait la fin de l’ancrage laurentin du club, créé sur ces plages en 1930.



