La grogne monte chez les surveillants pénitentiaires. L'un des deux principaux syndicats, l'Ufap-Unsa, appelle ce lundi à bloquer les prisons françaises pour exiger des mesures d'urgence contre la surpopulation carcérale et les sous-effectifs chroniques.
Un système pénitentiaire au bord de l'explosion
Surveillants comme directeurs de prison alertent depuis des mois sur un système pénitentiaire au bord de l'explosion. Fin janvier, le Conseil de l'Europe avait dénoncé l'état des prisons françaises, surpeuplées et souvent insalubres, pointant le risque d'une évolution vers un « entrepôt humain ».
La France très mauvaise élève en Europe
Mois après mois, le record de surpopulation carcérale est battu. Selon les derniers chiffres officiels, le taux d'occupation global était au 1er mars de 137,5 %, avec 87 126 détenus pour moins de 63 500 places. La France figure parmi les très mauvais élèves en Europe, seules la Slovénie et Chypre présentant des taux supérieurs mais avec des populations bien inférieures.
Au rythme actuel, avec environ une hausse hebdomadaire de 200 détenus et sauf mesure d'urgence, la barre des 90 000 incarcérés sera rapidement franchie. Plusieurs syndicats s'inquiètent d'une montée des tensions l'été prochain, dans des cellules surpeuplées et mal isolées. Parallèlement, l'Ufap-Unsa dénonce les sous-effectifs chroniques de surveillants, en comptabilisant 5 000 postes non pourvus.
Un mouvement attendu dans 80 établissements
Selon une estimation syndicale, 80 établissements (sur un peu moins de 190) devraient être touchés par le mouvement. FO Justice, premier syndicat chez les surveillants, ne s'y est pas associé, estimant qu'il intervenait « trop tôt ». Blocage de toutes les extractions, filtrage, annulation des parloirs : les modalités d'action seront décidées localement, selon le secrétaire national de l'Ufap-Unsa, Wilfried Fonck.
Un projet de loi qui reste dans les tiroirs
Un projet de loi en préparation a pour objectif de s'attaquer à la surpopulation carcérale et prévoit notamment de mettre un terme à la pratique des matelas posés au sol dans des cellules, faute de lits suffisants – il y en avait près de 7 000 au 1er mars. Aucun calendrier sur son dépôt, son examen et son adoption n'a été rendu public.
Le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, a pour sa part exprimé son hostilité à tout dispositif de régulation carcérale, dispositif qui prévoit, comme c'est le cas en Allemagne, qu'au-delà d'un certain seuil, une entrée en détention doit s'accompagner d'une sortie. Le ministère de la Justice compte ouvrir 3 000 places supplémentaires dans des prisons modulaires, dont la moitié dès 2027, alors que moins d'un tiers des 15 000 places de prison additionnelles prévues dans un plan national lancé en 2018 ont été livrées.



