L'amende pour usage de drogue passe à 500 euros : une mesure efficace ou purement répressive ?
Amende drogue à 500 euros : efficace ou répressive ?

L'annonce présidentielle confirmée par le ministre de l'Intérieur

La première annonce avait été formulée en décembre dernier par Emmanuel Macron lors d'un déplacement à Marseille. Le président de la République avait alors promis une augmentation significative du montant de l'amende forfaitaire délictuelle (AFD) pour détention ou usage de stupéfiants, la faisant passer de 200 à 500 euros. Invité sur TF1 mardi soir, le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a officiellement confirmé cette mesure. Présentée comme un outil pour réduire la consommation de drogues, l'AFD cible principalement les consommateurs de cannabis, qui représentent à eux seuls 95% des amendes dressées en 2024.

Le point de vue des consommateurs à Rennes

Assis sur un banc au soleil, Sam tire sur sa cigarette roulée. « Je ne fume pas trop de cannabis en journée, ça me fatigue trop après. » Consommateur quotidien, il a déjà été verbalisé à plusieurs reprises par les forces de l'ordre, mais n'a jamais réglé les amendes. « Peut-être qu'un jour je me ferais rattraper. De toute façon, ce n'est pas ça qui va me faire arrêter », témoigne ce trentenaire aux longs cheveux noirs. Pour lui, fumer quelques joints représente un moyen de « se détendre, pour ne pas péter un plomb ».

L'augmentation de l'amende à 500 euros ne va, selon ses propres termes, « servir à rien ». Une affirmation qui n'est pas totalement infondée quand on sait qu'à peine un tiers des amendes seraient effectivement payées. « Ils tapent toujours sur les petits consommateurs. Comme le type qui va fumer son joint pour décompresser après sa journée de travail. Je ne trouve pas ça logique. Ce n'est que de la répression. Ils devraient simplement saisir le produit et proposer aux gens des stages de prévention. »

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Une mesure perçue comme aggravant les difficultés

Debout à ses côtés, Rachid partage un avis similaire. « Ils peuvent fixer l'amende à 1.500 ou à 10.000 euros, ce n'est pas cela qui fera arrêter les gens. » Lui-même a cessé de consommer du cannabis, mais pas en raison des amendes. « Quand les personnes sont addictes, il faut les accompagner. Certains fument parce qu'ils souffrent ou ont besoin de décompresser. Ce qu'il faut, c'est leur trouver une alternative. Une solution pour les aider. Si vous leur infligez une amende de 500 euros, cela va simplement les enfoncer un peu plus dans la galère. » Rachid a également été interpellé avec un joint à la main par le passé. « On m'a simplement dit de le jeter. »

Un peu plus loin, un groupe d'amis discute. « Nous sommes tous des gens en difficulté ici. Donc si vous voulez savoir ce que je pense de leur amende, c'est que c'est une mesure de fils de p***. C'est juste pour faire de l'argent », déclare un homme avant de s'éloigner. Assise à côté, son amie Émeline adopte un ton plus calme mais exprime une opposition tout aussi ferme à cette nouvelle tentative de freiner la consommation. « C'est simplement pour donner plus de moyens à la police. Mais ils doivent régler certains problèmes. Moi, je consommais du CBD mais cela apparaissait dans mes analyses sanguines. Il existe un vide juridique. » La jeune femme reconnaît néanmoins que l'introduction des amendes forfaitaires a instauré une certaine menace chez les consommateurs. « Les gens font plus attention » lorsqu'ils consomment. « De toute façon, à part le joint, c'est difficilement détectable. »

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Le cannabis, cible principale mais préoccupations élargies

Émeline a raison sur un point. La quasi-totalité des amendes dressées l'année dernière en France visaient la consommation de cannabis. Cependant, depuis quelques années, l'inquiétude des associations de prévention ne se concentre plus uniquement sur le haschisch ou l'herbe, mais s'étend à d'autres substances. En France, la consommation de cocaïne a plus que doublé au cours de la dernière décennie. Un produit vendu en moyenne 66 euros le gramme qui enrichit considérablement les réseaux de narcotrafiquants. « La cocaïne, c'est devenu énorme. Il y en a partout. C'est presque plus facile d'en trouver que du haschisch », affirme Sam. Lui a réussi à arrêter cette substance il y a trois mois. « Mais pas à cause des amendes. J'ai rencontré une femme. Nous avons décidé d'arrêter ensemble. »

L'explosion du marché et les critiques des associations

Le marché des drogues a presque triplé entre 2019 et 2023, selon une étude de l'Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT) publiée en décembre. Le cannabis et la cocaïne représentent 90% du chiffre d'affaires, estimé à près de 7 milliards d'euros. « Moins cela fonctionne, plus on persiste », critiquait en décembre la Fédération Addiction, dénonçant « une fuite en avant répressive dont l'inefficacité est pourtant démontrée depuis des décennies ».

Les nouvelles dispositions gouvernementales

La nouvelle formule de l'amende forfaitaire délictuelle devait être présentée ce mercredi en Conseil des ministres. Le gouvernement prévoit d'y associer une peine complémentaire de suspension du permis de conduire, voire son annulation. Et ce, même lorsque le consommateur n'est pas au volant. « Une mesure extrêmement dissuasive », selon les termes du ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez. L'autorisation du CBD en France a par ailleurs complexifié les opérations de contrôle pour les forces de l'ordre, qui doivent désormais distinguer le cannabis du CBD, ajoutant une difficulté supplémentaire à l'application de cette politique répressive.