Le 24 juin 2024, l'Assemblée nationale a examiné en séance publique le projet de loi sur l'aide à mourir, un texte qui suscite de vifs débats depuis son dépôt. Un amendement crucial, porté par plusieurs députés de la majorité et de l'opposition, visait à offrir aux patients la possibilité de choisir librement entre l'euthanasie et le suicide assisté. Cet amendement a été rejeté par 89 voix contre 67, un score serré qui reflète les divisions profondes sur ce sujet sensible.
Le rejet d'un compromis attendu
L'amendement, défendu notamment par la députée LREM Cécile Untermaier, proposait d'inscrire dans la loi que « toute personne majeure, en phase avancée ou terminale d'une affection grave et incurable, peut demander à bénéficier d'une aide à mourir, selon la modalité de son choix : soit par l'administration d'une substance létale par un professionnel de santé, soit par la prescription d'une substance létale qu'elle s'administre elle-même ». Cette formulation visait à concilier les deux approches, l'euthanasie étant pratiquée par un médecin et le suicide assisté par le patient lui-même.
Des arguments opposés
Les partisans du libre choix ont insisté sur la nécessité de respecter la volonté du patient. « Il ne s'agit pas d'imposer un modèle, mais de donner à chacun la possibilité de choisir la mort qui lui correspond, dans le respect de ses valeurs et de son état », a plaidé Untermaier. De son côté, la rapporteure du texte, la députée LREM Audrey Dufeu, a estimé que l'euthanasie était la seule voie « sécurisée et encadrée » pour éviter les dérives. « Le suicide assisté pose des questions éthiques et pratiques majeures, notamment sur la responsabilité du médecin et le risque de pressions sur les personnes vulnérables », a-t-elle argumenté.
Un vote serré qui laisse des traces
Le rejet de l'amendement a provoqué la déception des associations de patients et de nombreux soignants. Selon un sondage Ifop réalisé en mai 2024, 72% des Français se disent favorables à l'aide à mourir, et parmi eux, 58% estiment que le choix entre euthanasie et suicide assisté devrait être laissé au patient. Le député LFI Jean-Luc Mélenchon a dénoncé « un recul face aux lobbies religieux et conservateurs », tandis que le président de l'Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD), Jonathan Denis, a déclaré : « Ce vote est une trahison de l'esprit du texte initial, qui promettait une loi de liberté. »
Les prochaines étapes du débat
Le projet de loi poursuit son examen à l'Assemblée, avec de nombreux autres amendements à discuter. Le gouvernement, par la voix de la ministre de la Santé, Catherine Vautrin, a réaffirmé sa volonté d'aboutir à un texte « équilibré et respectueux des consciences ». La suite du débat s'annonce houleuse, notamment sur les conditions d'accès à l'aide à mourir, le rôle des comités d'éthique et les soins palliatifs. Les opposants au texte, comme le député LR Philippe Gosselin, promettent de « ne rien lâcher » pour défendre « la vie et la dignité des plus fragiles ».



