Une décision judiciaire qui laisse toutes les parties insatisfaites
Ce jeudi 5 mars, la chambre de l'instruction a rendu sa décision dans l'affaire de la mort de Nahel, survenue lors d'un contrôle routier à Nanterre en juin 2023. Le jeune homme avait été tué par un policier, et le verdict attendu suscitait une attention particulière. La cour d'appel de Versailles a finalement retenu la qualification de « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner », écartant ainsi l'accusation de « meurtre » qui avait été préconisée par les juges d'instruction.
La défense du policier exprime sa déception
Pour Laurent Franck Lienard, l'avocat du policier mis en cause, cette décision ne constitue en rien une victoire. Bien que le chef d'accusation soit moins lourd, son client est déçu. « Déçu parce qu'il espérait quand même que la chambre de l'instruction prononce le non-lieu qui s'imposait », explique-t-il. L'avocat souligne que son client doit désormais faire face à un procès, avec le risque persistant d'une condamnation.
La défense soutient fermement que le tir était justifié dans un contexte de danger immédiat. Selon l'avocat, le conducteur « avait mis en danger de nombreuses personnes » et le véhicule représentait une menace sérieuse pour les passants. « Juste derrière, il y avait un passage piéton avec des gens dessus et la place Nelson-Mandela avec énormément de monde à 8 h 30 du matin », précise-t-il. Il insiste sur le fait que le policier n'avait pas d'autre moyen d'arrêter le véhicule et que son action était conforme à sa formation.
La défense rejette catégoriquement toute intention de tuer. Elle affirme que l'agent de police aurait visé la partie inférieure du corps de la victime, mais que le tir a été dévié par le mouvement du véhicule. « C'est ce que démontrent les expertises. Donc il n'a pas voulu tuer. Jamais. Il a voulu blesser ce conducteur pour l'empêcher de repartir », ajoute l'avocat.
La famille de Nahel dénonce une décision « scandaleuse »
Du côté de la famille de Nahel, l'avocat Maître Franck Berton qualifie la décision de « scandaleuse ». Il estime qu'elle prive les parties civiles d'un débat judiciaire équitable, notamment devant une cour d'assises. Selon lui, la chambre de l'instruction aurait outrepassé son rôle en décidant que le policier n'avait pas agi intentionnellement.
« Trois juges ont décidé eux-mêmes que le policier n'avait pas fait exprès. Mais ce n'est pas ce qu'on demande à la chambre de l'instruction. On lui demande seulement de savoir s'il existe des charges suffisantes pour qu'un individu passe devant une cour d'assises », explique-t-il. Il s'oppose également à la version de l'accusé, arguant que tirer à bout portant dans la région thoracique ne peut être considéré comme un acte non intentionnel.
L'avocat va plus loin en estimant que cette décision serait « éminemment politique ». À ses yeux, la qualification retenue empêche qu'un policier réponde des faits de meurtre et que l'affaire soit jugée par un jury populaire. « On l'envoie devant des magistrats à Nanterre qui travaillent tous les jours avec les policiers de la ville », déplore-t-il.
Une procédure judiciaire qui se poursuit
Pour la mère de Nahel, cette décision est difficile à accepter. « Ce n'est pas possible d'entendre ça à ce stade. La famille faisait confiance à l'institution judiciaire jusqu'à présent. Elle est assez ébranlée dans ses convictions », confie-t-elle. Malgré ce revers, la bataille judiciaire est loin d'être terminée.
La famille espère désormais un pourvoi en cassation du procureur général de Versailles pour contester la qualification retenue. Cette affaire continue de soulever des questions cruciales sur la justice, la responsabilité des forces de l'ordre et les droits des victimes, dans un contexte social déjà tendu.



