Chaque dimanche, Midi Libre revient sur une affaire criminelle marquante. Ce 24 août, place au sixième volet : la tragique histoire d'Adeline Beau, pâtissière à Béziers, tuée par son compagnon légionnaire, Mansour Larabi. Il l'avait étranglée, ligotée, enfermée dans un sac et jetée dans un gouffre à la frontière de l'Aude.
Une disparition qui bouleverse Béziers
En février 2012, la ville de Béziers est sous le choc. Adeline Beau, 26 ans, mère d'une fillette de deux ans et demi, pâtissière passionnée et figure connue du quartier du Champ de Mars, disparaît. Des appels à témoins sont lancés dans les médias, mais sans résultat. Le 16 février, son corps est retrouvé au fond du gouffre de l'Œil Doux, dans l'Aude. Elle est ligotée, enfermée dans un sac militaire, immergée. Seuls ses pieds dépassent.
Adeline n'avait plus donné signe de vie depuis le 10 février. Elle travaillait à deux pas de son domicile, dans une pâtisserie renommée de l'avenue Jean-Moulin. Très vite, des pistes se dessinent : on parle beaucoup de son petit ami, Mansour Larabi, un légionnaire de 36 ans rencontré cinq mois plus tôt sur les réseaux sociaux. Leur relation, d'abord tendre, devient rapidement conflictuelle. Adeline souhaite rompre, mais Larabi refuse.
Un légionnaire déserteur
La Légion étrangère déclare Larabi déserteur le 9 février 2012. Le lendemain, après une dispute, Adeline disparaît. Larabi, lui, reste introuvable. Le 15 février, il est retrouvé inconscient dans une chambre d'hôtel à Narbonne, après une tentative de suicide à l'alcool et aux médicaments. Il a laissé une lettre évoquant son intention de « rejoindre Adeline dans l'au-delà », le jour de la Saint-Valentin. C'est un tournant dans l'enquête. Guidée par ses informations, la police localise le corps le 16 février, dans une zone isolée et difficile d'accès de l'arrière-pays narbonnais.
Les proches témoignent
Les proches décrivent Adeline comme une jeune femme aimante, généreuse et pleine de projets. Une collègue raconte : « Adeline avait clairement exprimé son désir de rompre, prévenant que leur relation ne lui convenait plus. Mais ses alertes n'ont pas été prises assez au sérieux. » L'autopsie révèle qu'elle a été étranglée dans la nuit du 10 au 11 février. Larabi a tout préparé : il l'a ligotée, enfermée dans un sac de l'armée, puis jetée dans le profond gouffre de l'Œil doux, au pied du massif de la Clape.
En garde à vue, le légionnaire confesse le meurtre. Il explique avoir « succombé à un accès de colère après la rupture annoncée », affirmant ne pas avoir prémédité son geste. Cependant, l'usage de liens, la planification apparente de la dissimulation du corps et le choix du site laissent penser à une préparation froide et méthodique.
Reconstitution et procès
En mars 2013, une reconstitution minutieuse a lieu à Béziers, au domicile d'Adeline, en présence de Larabi, des enquêteurs, des avocats et de la juge d'instruction. Il rejoue la scène de strangulation et le transport du corps vers le gouffre. Pour l'avocate de la famille, Me Iris Christol, « la préparation du crime démontre des éléments de préméditation malgré les dénégations du suspect ». L'avocat de Larabi, Me Josy-Jean Bousquet, soutient que son client a perdu le contrôle face à l'annonce de la séparation.
Jugé devant la cour d'assises de l'Hérault à Montpellier en décembre 2015, Mansour Larabi est accusé du meurtre de sa concubine. La préméditation n'est pas retenue, mais l'avocat général requiert 30 ans de réclusion criminelle, soulignant « le geste particulièrement inexcusable envers cette jeune mère de famille rayonnante ». Le 10 décembre 2015, Larabi est condamné à 25 ans de prison. Il déclare : « Il n'y a pas d'avenir pour moi. C'est terminé. Je suis ici pour assumer ce que j'ai fait. Et ce que j'ai fait est odieux. Irréparable. » Il présente ses excuses aux parents d'Adeline.
Un symbole des féminicides
Cette affaire a profondément marqué Béziers. On ne retient pas toujours le prénom, mais « la pâtissière » suffit pour que tout le monde sache. Adeline Beau est entrée dans la triste statistique des féminicides, victime de la violence conjugale. Une collègue de l'époque conclut : « Son histoire rappelle l'importance de prendre au sérieux les signaux d'alerte, la détresse des femmes en rupture, et la nécessité d'un soutien efficace avant que le drame ne survienne. En 2012, nous n'avions rien vu. Je n'ai que d'immenses regrets. »



