Alors que plus de 2,6 millions de lycéens seront en vacances à compter de ce vendredi 16 octobre, les mobilisations vont inévitablement faiblir. Mais cette trêve ne va rien éteindre du tout. À entendre les adolescents mobilisés depuis deux, voire trois semaines, elle leur permettra de s’organiser, mais aussi de souffler un peu.
Une pause pour mieux repartir
« Les vacances, ça va surtout nous offrir un peu de repos. Il faut être lucide, aujourd’hui, on est fatigués », témoigne N., lycéenne rennaise inscrite en terminale. « On bloque parce qu’on a des revendications claires. Et tant qu’on n’aura pas obtenu de mesures concrètes, on continuera », assure-t-elle.
Depuis deux semaines, N. participe activement aux blocus et aux manifestations, partant tôt le matin et rentrant tôt le soir, avec des cours à rattraper. Pas pour sécher ni pour glander, mais pour revendiquer. « On a le bac à passer à la fin de l’année et on a déjà raté deux ou trois semaines de cours. On n’a pas fait ça pour rien, donc ça va continuer. Pour moi, ce serait encore pire de s’arrêter là », explique F., élève de terminale. L’adolescente marque un léger temps d’arrêt, puis reprend. « Et ça ne va pas s’arrêter là. »
Des revendications partagées par toute une génération
Si ces élèves sont aussi déterminés, ce n’est pas parce que le gouvernement les laisse espérer, mais plutôt parce qu’ils sont persuadés du bien-fondé de leurs revendications. Déçus par les propositions « dérisoires », les lycéens peuvent compter sur une relative unité de leur génération autour de constats partagés : les bâtiments sont dégradés, il manque des profs, les emplois du temps sont surchargés et Parcoursup est une usine à gaz qui ne fonctionne pas.
« Au début, on était que quelques-uns. Mais au fil des blocages, on a vu qu’on était de plus en plus nombreux. On a des élèves de seconde, de première. Il y a du monde en manif. Tout le monde veut que ça change », témoigne C., 17 ans. « Il y a parfois eu des moments durs où on n’était qu’une dizaine à tenir les blocus, mais ça continue de grossir », enchaîne A., lycéen inscrit en terminale.
Les vacances pour mieux se préparer
Dans ce mouvement spontané, la plupart des adolescents découvrent la lutte sociale. À les entendre, les vacances seront aussi l’occasion d’organiser la suite du mouvement et de le structurer. « On sait déjà que la reprise des cours sera difficile. Parce que les élèves ne céderont pas. Ils sont déterminés à avancer. Je pense même que les vacances pourront leur servir à mieux se préparer », assure Anne, professeure en lycée.
Elle reconnaît que certains élèves pourraient commencer à stresser si les cours ne pouvaient reprendre normalement. « Les programmes en terminale sont tellement denses que les deux ou trois semaines sans cours vont peser. On ne veut pas que nos élèves angoissent. Je pense qu’il faudra un allègement des programmes. » D’autant que dans les lycées privés, les cours sont la plupart du temps maintenus, permettant aux élèves d’avancer.
La journée du 17 octobre en ligne de mire
Pour juger de la motivation des lycéens à poursuivre leur mouvement, il n’y avait qu’à les interroger sur la journée de samedi, le 17 octobre, qui se profile. La quasi-totalité de ceux que nous avons interrogés comptait participer à cette mobilisation. Un rendez-vous sous forme de « convergence des luttes » mêlant lycéens, certains syndicats de salariés ou « gilets jaunes ». Un mouvement que l’on a du mal à anticiper tant il semble imprévisible. « Samedi, ça va être la fête, ça va concerner tout le monde », assure A. Ce lycéen rennais n’a pas envie de s’arrêter là. Et il n’est pas le seul.