Enfants de leur époque, leur complicité s’est d’abord nouée par écrans interposés. Dans une nuée d’émojis, au gré de visios complices et de conversations qui s’étirent dans la nuit. Lena et Lesly ont alors 15 et 17 ans. Ils se sont rencontrés quelques mois plus tôt, en 2011. Lesly, camarade de classe de la sœur aînée de Lena, avait été invité à passer un après-midi au domicile de leurs parents.
« Pour moi, c’était simplement “la petite sœur de…” », se rappelle Lesly, qui remarque alors tout juste l’adolescente venue le saluer. Une première rencontre sans grande consistance, qui ne les empêche pas de s’« ajouter », comme il est d’usage, sur la messagerie instantanée MSN. Une « aubaine », sourit aujourd’hui Lena, déjà sensible au charme de ce grand garçon aux yeux clairs et aux traits réguliers. Ils y engagent alors la conversation, la prolongent, et la reconduisent bientôt quotidiennement.
« Puis un soir, Lesly m’a dévoilé ses sentiments », raconte la jeune femme, large sourire et visage poupin. Pour la première fois depuis leur rencontre, les ados, habitant deux villages voisins de la vallée du Jura, se voient « en vrai ». « Il a demandé à être conduit devant la maison de mes parents, puis nous nous sommes embrassés comme dans un film ! »
« Tu m’as encouragée à partir »
Lena et Lesly se retrouvent alors chaque fin de semaine, découvrent l’euphorie des premiers élans, se rêvent un avenir commun. Mais affrontent bientôt ce que peu parviennent à négocier : l’entrée dans l’âge adulte. Cette fusion précoce, ils le savent, ne doit pas compromettre leurs projets respectifs. Lena part ainsi étudier la communication à Besançon, à Lyon, puis aux Pays-Bas pour une année. Quand Lesly se forme à l’artisanat et au commerce dans la région.
« Tu m’as encouragée à partir », lui rappelle la jeune femme, témoignant implicitement sa gratitude. Une période où, faisant l’expérience de la vie sans lui, elle sollicitera « une courte pause ». Une seule semaine, dont la mine peinée de Lesly traduit encore le souvenir douloureux. « J’avais besoin de savoir si je t’aimais toujours ou si j’étais avec toi par habitude, explique Lena d’une voix délicate. J’ai eu ma réponse… »
« Je nous trouve très chanceux »
Aucun épisode ne les a marqués comme celui-ci. « Il y a, bien sûr, quelques disputes, mais elles sont vite désamorcées. Et jamais de tromperie », précise la jeune femme, depuis le salon baigné de soleil où ils se racontent ce soir de juin. Trois ans plus tôt, le couple, d’aujourd’hui 29 et 31 ans, achetait une maison dans le Jura qui l’a vu grandir. Et, pour la première fois, vivait ensemble. Une étape. Qui en appellera d’autres. Comme celle de l’adoption de leur chiot, Loki.
« Mais pas celle du mariage, du moins pas pour l’instant… », confie Lena, déjouant les évidences. Le taux inégalé d’unions aboutissant à un divorce la déconcerte. Et le mieux, pense-t-elle, est parfois l’ennemi du bien. « Par contre, nous aimerions avoir des enfants, c’est un projet », expose Lesly, dans un sourire qui dit son impatience. « Je nous trouve très chanceux… », conclura simplement le jeune trentenaire, conscient que les couples durables, quand ils sont formés à l’adolescence, font figure d’exception. Heureux, aussi, de défier les statistiques et préjugés entourant ces histoires singulières. « Souvent, on nous a demandé si on ne regrettait pas de ne pas “vivre notre vie” ou “profiter de notre jeunesse”. Mais c’est ce qu’on fait… »
Découvrez notre série de l’été « Premières amours éternelles ». Ils étaient jeunes adultes, adolescents, enfants parfois. Se sont rencontrés sur les bancs de l’école, dans un bal, en vacances… Puis sont tombés amoureux. De premiers élans du cœur comme il en naît en chacun. À ceci près : ceux-là ont duré. Jusqu’à traverser les années et bousculer les présupposés. Non, les premières amours ne sont pas toujours immatures ou passagères… Et s’ils font figure d’exception, ces hommes et ces femmes prouvent que, parfois, le premier regard est le bon. À travers cette série de portraits, Le Point vous invite à découvrir leurs histoires.



