Environ 300 personnes, dont certaines en fauteuil roulant, se sont rassemblées le 5 mai rue Corps-Franc-Pommiès à Bordeaux, devant la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH). L'appel à se mobiliser avait été lancé par un collectif baptisé « Touche pas à ma PCH », avec le soutien de l'association « Tout cérébrolésé assistance » (TCA), pionnière depuis 2000 dans le développement d'habitats inclusifs partagés destinés à des personnes victimes d'AVC, de traumatismes crâniens, de tumeurs ou de maladies neurodégénératives.
Des inquiétudes liées à la réévaluation des plans de compensation
Le 20 mars, les résidents de petits collectifs de trois à cinq personnes dans ces logements, qui bénéficient des services d'aide à domicile de TCA, ont reçu un courrier du pôle « solidarité autonomie » du Département de la Gironde les informant d'une « réévaluation globale des plans de compensation du handicap ». Pour les besoins quotidiens (aide à la toilette, repas) et la vie sociale, le Département verse individuellement la prestation de compensation du handicap (PCH). « Les bénéficiaires refusent que ces évaluations se fassent », rapporte Lauriane Lemarinel, directrice de TCA. Sur les pancartes, on pouvait lire : « La liberté, c'est de choisir mon mode de vie ».
Un avenir menacé pour l'association TCA
Parallèlement, l'avenir de l'association, présente en Gironde et en Eure-et-Loir, est en jeu. Le 8 avril, le Département lui a signifié la suppression de la subvention liée à la revalorisation des salaires pour ses 160 professionnels, dans le cadre d'un avenant de 2021 à la convention collective. Cela représente une perte de 750 000 euros pour 2026. « Cela remet en cause notre pérennité économique », alerte sa directrice. Rodolphe Peter, fondateur de TCA, a lancé au mégaphone : « Ils ont choisi TCA pour faire des économies. » Lauriane Lemarinel ajoute : « Le Département a du mal à reconnaître le modèle. On dépasse un peu les cadres administratifs initiaux, puisqu'on est dans l'innovation. »
Le Département défend sa politique d'habitat inclusif
Stéphane Corbin, directeur des services du Département, rappelle que « la Gironde a été le premier département de France à développer de l'habitat inclusif » et que ce modèle continue d'être promu. Il souligne que le montant global des PCH attribuées en Gironde est le plus élevé de France. « La PCH est plafonnée à 3 h 15 par jour, mais si la condition de la personne le nécessite, il est possible de la déplafonner, notamment pour de la surveillance de nuit ou en continu. La moyenne nationale des plans d'aide déplafonnés est de 4 à 5 % ; en Gironde, elle atteint 10 %. C'est une forme de générosité. » Cependant, « par souci de bonne utilisation de l'argent public », dans un contexte de contraintes budgétaires, la consigne est d'« évaluer ce qui est réellement du besoin de la personne » et d'effectuer des « contrôles d'effectivité », notamment pour les actes « mutualisés ».
Un dialogue technique à poursuivre
Stéphane Corbin note que « TCA n'est pas toujours en capacité de nous rendre compte de la réalité du fait d'un système informatique pas totalement adapté », tout en prônant le dialogue. « Parfois, les besoins nous amèneront à rehausser le plan d'aide et dans d'autres cas à le diminuer. Il ne s'agit pas de mettre en difficulté la structure ni d'arrêter les accompagnements des personnes. »



