Le vol du canon de Saint-Germain-d'Esteuil : une histoire de profanation et de clémence
Vol du canon de Saint-Germain-d'Esteuil : profanation et clémence

Le vol du canon de Saint-Germain-d'Esteuil : une affaire qui a secoué la Gironde

Le 1er décembre 1982, le journal Sud Ouest revenait sur une histoire insolite qui avait défrayé la chronique dans le Médoc. Le canon ornant le monument aux morts de Saint-Germain-d'Esteuil, une commune de neuf cents habitants en Gironde, avait été dérobé le 15 avril précédent, plongeant la localité dans l'émoi.

Un canon convoité pour honorer les morts

Cette aventure commence en 1975, lorsque Roger Guittard, le maire de Saint-Germain-d'Esteuil et ancien engagé volontaire de la Seconde Guerre mondiale, décide de donner une allure plus martiale au monument aux morts. Après une longue bataille épistolaire, il obtient en 1976 un canon 75 sans recul de fabrication américaine, offert par le général Bigeard, alors secrétaire d'État aux armées. Installé avec faste, l'arme devient la fierté du village.

Le vol mystérieux et ses répercussions

Au printemps 1982, le canon disparaît subitement, alimentant les spéculations les plus folles. Collectionneurs, antimilitaristes, vandales ou farceurs : les hypothèses se multiplient, empoisonnant l'atmosphère paisible de Saint-Germain-d'Esteuil. L'affaire prend une ampleur nationale, avec la télévision et les radios qui s'en emparent, tandis que l'enquête de gendarmerie piétine.

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La résolution de l'énigme grâce à une lettre anonyme

C'est une lettre anonyme adressée au maire qui permet de percer le mystère. L'auteur révèle avoir entendu trois jeunes gens ivres se reprocher le vol dans un café. Les gendarmes arrêtent rapidement trois habitants de Pauillac, âgés de 25 à 28 ans, qui avaient agi par passion pour les armes anciennes. Ils souhaitaient initialement restaurer le canon pour le rapporter le 8 mai, jour de l'Armistice, mais, effrayés par l'ampleur médiatique, ils l'ont scié en deux et jeté dans une gravière près de Pauillac.

La découverte fortuite et la réparation

En septembre 1982, après des recherches infructueuses par des plongeurs en juillet, les gendarmes découvrent le canon à demi immergé dans la gravière, alors qu'ils cherchaient un coffre-fort volé. Nettoyé, réparé et repeint, l'arme retrouve sa place devant le monument aux morts, avec son trépied désormais scellé dans un socle en béton pour éviter toute nouvelle mésaventure.

Une punition originale et clémente

Face au Conseil municipal, le maire fustige les trois jeunes pour avoir profané un lieu de mémoire, mais fait preuve de magnanimité. Il retire sa plainte à condition qu'ils s'engagent à nettoyer gratuitement le monument aux morts pendant sept mois, correspondant à la durée de la disparition du canon. « Ils n'étaient pas fiers du tout. Ils ont pleuré à chaudes larmes », confie-t-il, soulignant sa volonté de ne pas perturber davantage des individus repentants.

Cette histoire, mêlant profanation, enquête et clémence, reste gravée dans les mémoires locales, illustrant comment une communauté peut surmonter un acte de vandalisme avec humanité et fermeté.

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