Violences sexuelles : la PJ dénonce une trahison de Darmanin
Violences sexuelles : la PJ dénonce une trahison de Darmanin

La police judiciaire (PJ) a vivement réagi, dimanche 9 août, à la décision de Gérald Darmanin de supprimer l'Office central pour la répression des violences aux personnes (OCRVP), l'unité spécialisée dans les violences sexuelles sur mineurs. Dans un communiqué, le syndicat des commissaires de la police nationale (SCPN) dénonce une « trahison » et une « décision précipitée » qui fragilise la lutte contre ces crimes.

Une décision qui suscite l'incompréhension

Le ministre de l'Intérieur a annoncé vendredi la dissolution de l'OCRVP, créée en 2013, dans le cadre d'une réorganisation de la PJ. Cette unité, composée d'une trentaine d'enquêteurs, était spécialisée dans les violences sexuelles, notamment sur mineurs, et coordonnait les enquêtes sur les réseaux pédocriminels.

Selon le SCPN, cette décision « intervient sans aucune concertation avec les personnels concernés » et « remet en cause dix ans de travail et d'expertise ». Le syndicat souligne que l'OCRVP traitait environ 1 200 dossiers par an, dont certains d'envergure nationale.

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Un impact direct sur les enquêtes en cours

La suppression de l'office suscite des inquiétudes quant au suivi des affaires en cours. Des enquêteurs, sous couvert d'anonymat, confient que plusieurs dossiers sensibles pourraient être ralentis, notamment ceux liés à des réseaux de pédocriminalité en ligne.

« Nous avons des enquêtes qui mobilisent des moyens considérables, avec des victimes qui attendent justice. Cette réorganisation va inévitablement créer des perturbations », explique un enquêteur de l'OCRVP. Le syndicat demande des garanties sur la réaffectation des dossiers et des personnels.

Une réorganisation contestée

Le ministre de l'Intérieur justifie cette mesure par une volonté de « moderniser » la police judiciaire et d'« adapter » ses structures aux nouvelles formes de criminalité. Il prévoit de créer un office unique dédié aux violences aux personnes, mais les syndicats doutent de l'efficacité d'un tel regroupement.

« On nous vend une mutualisation des moyens, mais en réalité, c'est une perte de spécialisation et d'expertise. Les victimes de violences sexuelles méritent mieux que des réformes à la hâte », dénonce le SCPN.

Une mobilisation syndicale annoncée

Face à cette situation, les syndicats de police appellent à une mobilisation dans les prochains jours. Une réunion d'urgence est prévue avec la direction générale de la police nationale (DGPN) pour demander le retrait de cette décision.

Le SCPN menace de déposer un préavis de grève si le ministre ne revient pas sur sa position. Cette affaire rappelle les tensions récurrentes entre le gouvernement et la police judiciaire, déjà manifestées lors de la réforme de la PJ en 2023.

Un sujet sensible pour le gouvernement

Cette controverse survient alors que le gouvernement est régulièrement interpellé sur la prise en charge des violences sexuelles, notamment depuis le mouvement #MeToo et les affaires récentes. La suppression de l'OCRVP pourrait être perçue comme un recul dans la lutte contre ces crimes.

Des associations de victimes ont également exprimé leur inquiétude, appelant le ministre à « reconsidérer sa décision ». L'OCRVP était un interlocuteur privilégié pour les associations, qui saluaient sa réactivité et son professionnalisme.

Quelles alternatives ?

Le ministère de l'Intérieur assure que les missions de l'OCRVP seront reprises par le futur office, qui bénéficiera de moyens renforcés. Toutefois, les syndicats restent sceptiques, rappelant que les effectifs de la PJ sont en baisse constante depuis plusieurs années.

Selon des chiffres du ministère, le nombre d'enquêteurs de la police judiciaire a diminué de 12 % entre 2017 et 2025. Une tendance qui contredit les promesses de moyens supplémentaires.

En attendant, les enquêteurs de l'OCRVP se disent « démoralisés » et « en colère ». Ils craignent que cette décision ne soit que le début d'un démantèlement plus large de la police judiciaire.

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