Trois jours après les secousses de magnitude 7,2 et 7,5 qui ont ravagé le nord du Venezuela, les secouristes mènent une course contre la montre absolue pour extraire des survivants des décombres. Alors que le bilan provisoire s’élève à 1.430 morts et plus de 50.000 disparus, l’aide humanitaire internationale se déploie massivement dans un pays à l’agonie, où la colère de la population face à la bureaucratie gouvernementale ne cesse de grandir.
Un bilan humain provisoire déjà dramatique
Le nombre de morts est passé à 1.430 samedi, a annoncé le président de l’Assemblée nationale, Jorge Rodriguez. M. Rodríguez, frère de la présidente par intérim du pays Delcy Rodríguez, a fait état de 3.238 blessés. À Genève, le responsable de l’aide humanitaire de l’ONU, Tom Fletcher, a déclaré à l’AFP que plus de 50.000 personnes étaient portées disparues. Le bilan devrait donc « s’alourdir considérablement », dans le contexte « d’une opération de secours extrêmement complexe ».
Des miracles au milieu des décombres
« Ces dernières 24 heures, j’ai fouillé dans les décombres et nous avons réussi à extraire quelqu’un la nuit dernière, dans un secteur tout près d’ici », a témoigné à Caraballeda, l’une des zones les plus touchées de La Guaira, un secouriste australien expérimenté, résident à Miami, Craig Demeillon, 43 ans. Un nouveau-né a également été secouru des décombres d’un bâtiment effondré, 32 heures après les deux séismes. Une vidéo obtenue par l’AFP montre des sauveteurs travaillant sous un projecteur au sommet d’un amas de gravats et sortant le nourrisson sous les applaudissements, tard vendredi, à La Guaira. Un autre miracle a été annoncé par la présidente par intérim, Delcy Rodriguez : un garçon de 11 ans a été extrait vivant des décombres à Caraballeda, trois jours après la catastrophe. « En ce moment, chaque vie est source d’espoir pour le Venezuela », a-t-elle écrit sur X. Le président salvadorien Nayib Bukele a également partagé des images de ses équipes sauvant Hinda Ramirez, restée coincée sous les décombres de sa résidence.
Colère de la population face à la bureaucratie
« Ce sont principalement des habitants qui travaillent avec des outils rudimentaires », a toutefois déploré Craig Demeillon. Les habitants dénoncent à grands cris le manque de soutien, voire l’absence totale du gouvernement, dans les opérations de sauvetage. À La Guaira, les riverains ont fouillé les décombres pendant des heures pour tenter de sauver Dana, une fillette de neuf ans ensevelie depuis plus de 18 heures, mais dont les appels se sont tus. « Elle est morte maintenant », déplore un habitant, Dani Rizo, alors que le corps reste prisonnier des pierres. La frustration est immense : des volontaires vénézuéliens venus prêter main-forte se sont vu refuser l’accès aux zones sinistrées à Caracas sans un laissez-passer officiel délivré au Poliedro. « Il faut un permis pour sauver des vies, vous imaginez ? », s’insurge Carlos Itriago, un secouriste de 27 ans qui patiente depuis l’aube. Par ailleurs, le système de santé étant totalement débordé, les familles doivent acheminer elles-mêmes leurs proches décédés. À l’hôpital Catia la Mar de La Guaira, des témoins rapportent que les corps gisaient à même le sol. Signe de cette tension extrême, la présidente Delcy Rodriguez a été huée par la foule vendredi lors d’un déplacement à Caracas.
L’aide internationale monte en puissance
Près de 72 heures après les séismes les plus dévastateurs enregistrés au pays depuis 1900, des équipes de recherche et de sauvetage d’au moins 17 pays interviennent au Venezuela. Une piste de l’aéroport de Caracas a été rouverte et accueille désormais des avions américains. Les États-Unis comptent près de 250 secouristes civils spécialisés sur place, principalement venus de Miami. De son côté, le président français Emmanuel Macron a annoncé sur X l’arrivée des sauveteurs de la Sécurité civile française. Selon les Nations unies, près de 6,76 millions de personnes pourraient avoir été touchées par les séismes, dont deux millions rien qu’à Caracas. Les dommages matériels sont déjà évalués à près de sept milliards de dollars par le PNUD, soit 6 % du PIB du pays. Parmi les victimes étrangères décédées, les autorités recensent au moins 28 Portugais, sept Chinois, six Espagnols, deux Brésiliens, un Chilien et un Italo-Vénézuélien. Les séismes, ressentis jusqu’en Colombie et au Brésil, ont déjà engendré plus de 300 répliques.



