À Antibes, un réseau de trafic de stupéfiants très structuré, s'inspirant des codes du marketing moderne, a été démantelé par les forces de l'ordre. Surnommé « Caliland 06 », cette « start-up illégale » faisait recette sur les réseaux sociaux en proposant de la drogue. Cinq jeunes azuréens ont été condamnés par le tribunal de Grasse.
Un réseau inspiré du marketing moderne
Pour toute entreprise commerciale visant le grand public, l'identité visuelle avec un logo, une proposition tarifaire claire et une carte de fidélité permet de susciter l'intérêt et de développer les ventes. Cinq jeunes azuréens ont appliqué ces règles à leur petite entreprise, mais façon « UberShit ». Le logo figurait sur tous les conditionnements : un requin aux commandes d'un semi-rigide type go-fast transportant des valises de drogue, naviguant sur la grande bleue, estampillé « Caliland 06 ». Les tarifs étaient dégressifs selon les quantités et les produits, avec une gamme complète proposée sur les réseaux sociaux : drogues de synthèse, kétamine, cocaïne, MDMA, cannabis, etc. « On en est déjà à la version 4.0 ! »
Géolocalisation et écoutes téléphoniques
Si l'argent n'a pas d'odeur, le cannabis en a une. Ce sont ses effluves qui ont éveillé les soupçons des riverains autour d'un appartement situé boulevard Albert 1er à Antibes. Après un signalement en février 2026, la police a procédé à des surveillances discrètes du domicile « nourrice », de ses colocataires et du trafic important. La géolocalisation et les écoutes téléphoniques ont permis aux forces de l'ordre de naviguer en eaux troubles pour démanteler le réseau. Plusieurs individus ont été identifiés, chacun avec un rôle précis : la « nourrice » stockant les produits, les préparateurs livreurs effectuant jusqu'à dix tournées par jour de Mandelieu à Cagnes-sur-Mer, et deux « CDI », le gestionnaire du réseau et son assistant.
Lourdes peines
Identifiés et appréhendés, les cinq principaux suspects ont comparu devant le tribunal de Grasse. Les quantités de stupéfiants retrouvés et les sommes d'argent saisies (environ 35 000 euros) démontrent l'ampleur du trafic. La procureure a déclaré : « Je n'ai jamais vu autant de produits différents dans un trafic nécessitant une logistique éprouvée avec un chiffre d'affaires d'environ 2 000 euros par jour, 24 heures sur 24, pour une durée de prévention entre février et avril 2026. »
Les commandes et lieux de livraison passaient par un iPhone 11 retrouvé en possession de celui considéré comme le gérant, Malek M., un Grassois de 25 ans, qui s'est présenté comme simple intermédiaire. Il a avoué : « Je suis au pied du mur, je suis obligé de tout vous dire », mais sans révéler le nom de son donneur d'ordre, par peur de représailles. Il a été condamné à 2 ans de prison et 5 000 euros d'amende. Selim B., un Antibois de 24 ans avec cinq mentions à son casier, disposant de la clé de l'appartement nourrice, a écopé de 3 ans de prison et 5 000 euros d'amende. Les deux avec maintien en détention. Les trois autres prévenus (nourrice et livreurs occasionnels) ont été condamnés à 2 ans de prison dont 1 an avec sursis probatoire et 3 000 euros d'amende, avec des aménagements de peine.



