Dans un entretien accordé à Midi Libre, Stéphane Bern, le « Monsieur patrimoine » français, a exprimé sa colère après le vol de huit bijoux « inestimables » au Louvre, dimanche. L’auteur de Les Énigmes de l’Histoire, Le Louvre rappelle qu’au Royaume-Uni ou en Autriche, les joyaux de la couronne sont sous haute surveillance.
« Une onde de choc » et une colère partagée
« J’ai ressenti d’abord de la sidération, puis de la consternation, de l’incompréhension. Je partage la colère et l’émotion de tous les Français », a déclaré Bern. « Quand vous passez votre vie à défendre le patrimoine et que vous voyez des symboles de notre Histoire partir ainsi en quatre minutes au nez et à la barbe des gardiens, c’est terrifiant. » Il insiste sur la valeur symbolique des bijoux : « Ce sont au fond les bijoux de famille des Français. »
Un patrimoine inaliénable disparu
Parmi les pièces volées figurent la broche reliquaire d’Eugénie, avec deux diamants offerts à Louis XIV par Mazarin et portés par Marie-Antoinette, ainsi que la parure de saphirs et diamants de Marie-Amélie, rachetée par le Louvre en 1985. « Ce sont des choses inaliénables qui appartiennent à l’Histoire de France et au patrimoine qui sont parties », déplore Bern, rappelant un premier vol en 1792 et la vente des bijoux de la couronne en 1887.
Le Louvre, une « passoire » ?
Bern qualifie la situation d'« humiliation pour la France », soulignant que la presse internationale se moque du pays. « Quand vous allez voir les joyaux de la couronne britannique à la Tour de Londres, ou les joyaux de la couronne impériale d’Autriche, à la Schatzkammer de Vienne, ce sont des coffres-forts. Personne n’a jamais réussi à voler quoi que ce soit. » Il critique la fragilité de la galerie d’Apollon, où les bijoux étaient exposés, et rappelle le vol de l’épée de Charles X en 1976, jamais retrouvée.
Des mesures de sécurité insuffisantes
Bern suggère de déplacer les joyaux dans un lieu plus sûr, car les contraintes des monuments historiques limitent les aménagements. « Dans n’importe quelle banque, si vous fracturez une vitre, il y a une grille qui tombe. Là ce n’est pas possible, c’est un monument historique. » Il compte sur les pouvoirs publics pour retrouver les diamants, mais craint qu’ils soient démontés et vendus au poids des carats.
Une affaire politique en devenir
Selon Bern, les pouvoirs publics n’ont pas mesuré l’émotion populaire. « Des gens à l’Élysée m’ont dit n’en avoir pris conscience que lundi. » Il estime que l’affaire va devenir politique, avec l’extrême droite et les milieux conservateurs qui s’agitent. « Ce n’est pas innocent si la ministre de la Culture va sur tous les plateaux, on essaie d’éteindre l’incendie. »



