En Russie, un phénomène alarmant secoue la société : des femmes épousent des soldats envoyés en Ukraine dans le seul but de percevoir leurs indemnités de décès. Face à l'ampleur de ces escroqueries, des députés russes réclament une répression plus sévère contre ces « veuves noires », un surnom peu élogieux donné par les médias locaux.
Des mariages frauduleux avant le départ au front
Maria, une trentenaire, a découvert avec stupeur que son père, dont elle ignorait l'engagement dans l'armée, avait été blessé par balle sur le front ukrainien et était décédé. Mais le choc du deuil a été décuplé lorsqu'elle a appris que ce père de 59 ans s'était marié secrètement, deux jours avant d'être envoyé au combat, avec une femme de 22 ans sa cadette. « J'ai tout de suite soupçonné qu'il s'agissait d'une arnaque », a-t-elle confié à CNN, expliquant que la veuve avait vendu l'appartement du défunt avant de disparaître sans laisser de trace.
Ce témoignage, rapporté par le média américain, illustre une pratique qui se multiplie depuis l'invasion de l'Ukraine par la Russie. Des recrues isolées ou sans famille sont la cible de femmes qui les poussent au mariage avant qu'ils ne périssent au front. Certaines n'hésitent pas à se marier sur leur lit de mort, comme en témoigne le cas d'une infirmière d'un hôpital militaire, licenciée l'année dernière pour avoir épousé cinq soldats dont elle s'occupait, avant qu'ils ne succombent à leurs blessures, afin de toucher leurs prestations de décès.
Des complicités au sein des forces de sécurité
D'autres incidents vont plus loin, impliquant directement des membres des forces de sécurité russes. Selon CNN, certains auraient orchestré des escroqueries en demandant à des femmes de convaincre leurs maris, fraîchement recrutés, de partir en missions dangereuses, en échange d'une part de l'indemnité versée en cas de décès. Cette complicité présumée des autorités aggrave le scandale et suscite l'indignation dans une société russe déjà éprouvée par la guerre.
Les « veuves noires » font désormais scandale, et plusieurs députés russes appellent avec ferveur à une répression accrue de ces pratiques et à une meilleure protection des militaires. Ils demandent notamment un durcissement des lois sur les mariages précipités et un contrôle renforcé des prestations versées aux familles des soldats.
Un bilan humain lourd
Depuis l'invasion de l'Ukraine, il y a plus de quatre ans, le conflit a fait plus de deux millions de victimes militaires russes et ukrainiennes (blessés, tués et disparus confondus), selon une étude publiée début juillet par le Center for Strategic and International Studies. Moscou a subi le plus gros des pertes, avec 400 000 à 450 000 morts sur un total estimé à 1,4 million de victimes parmi ses troupes. Ces chiffres, bien que difficiles à vérifier de manière indépendante, soulignent l'ampleur des pertes humaines qui alimentent ces trafics macabres.
Le scandale des « veuves noires » met en lumière les failles d'un système où la mort des soldats devient une opportunité financière pour certains. Alors que la guerre s'éternise, la société russe est confrontée à une double peine : le deuil des familles et la cupidité de ceux qui exploitent cette tragédie.



