La Ville de Nice se porte partie civile pour connaître toute la vérité
Dix ans après l'attentat du 14 juillet 2016 qui a fait 86 morts et plus de 450 blessés sur la Promenade des Anglais, le maire de Nice, Éric Ciotti, annonce une décision forte : la constitution de partie civile de la Ville dans le dossier de la sécurisation de la Promenade. « J'ai décidé que nous nous porterions partie civile dans cette affaire pour connaître toute la vérité », révèle-t-il dans un entretien.
Cette annonce intervient alors que l'instruction judiciaire sur les mesures de sécurité ce soir-là dure depuis dix ans. Éric Ciotti exprime son indignation face à cette lenteur : « Je trouve cela indécent vis-à-vis des victimes. Soit la justice décide qu'il n'y a pas lieu de poursuivre, mais elle doit le dire, et elle aurait dû le dire très vite. Soit il y a matière à poursuivre, et on le doit aux victimes. » Il ajoute qu'une durée d'instruction de dix ans est « symptomatique des dysfonctionnements graves de la justice française ».
Les souvenirs terribles de la nuit du 14 juillet 2016
Président du conseil départemental des Alpes-Maritimes en 2016, Éric Ciotti s'est rendu rapidement sur les lieux après l'attaque. Il se souvient : « Ce fut une vision d'horreur. Les corps étaient déjà recouverts pour beaucoup. » Arrivé devant le High Club, il a été interpellé par une personne en colère : « Voyez où on en est ! Qu'est-ce que vous avez fait pour éviter ça ? »
Il garde également en mémoire les hurlements de douleur des polytraumatisés évacués du Palais de la Méditerranée. « Ces cris, je les entends toujours aujourd'hui », confie-t-il. Devant cet hôtel, le camion avait été stoppé par la compagnie départementale d'intervention, et 19 corps gisaient sur la façade. « Rétroactivement, on mesure que l'action des policiers a sauvé des dizaines, voire des centaines d'autres vies », souligne-t-il.
Les tensions avec l'État et la polémique sur la sécurité
La polémique sur la sécurité a éclaté immédiatement après l'attentat. Éric Ciotti jette un regard critique sur ces tensions : « Cette polémique était inappropriée et inutile. » Il rappelle qu'il n'a pas souhaité ouvrir de débat le soir même, mais qu'il l'a fait quelques jours après à l'Assemblée nationale, en tant que membre de la commission des Lois. Il avait notamment interrogé le ministre sur l'absence de forces mobiles à Nice, redéployées pour un déplacement du président de la République au Festival d'Avignon.
Le maire déplore un manque de considération de l'État envers Nice, qui a subi trois attentats islamistes majeurs. « Nous n'avons pas senti de la part de l'État une prise en compte des problématiques spécifiques niçoises, et c'est encore le cas aujourd'hui », affirme-t-il.
Un espace mémoriel pérennisé au Musée Masséna
Éric Ciotti annonce également la pérennisation de l'exposition consacrée à l'attentat au Musée Masséna. « Je souhaite qu'il y ait désormais une salle ou deux salles permanentes à l'intérieur du Musée Masséna consacrée à l'attentat, afin de garder la mémoire de ce qui s'est passé pour les jeunes générations et pour les écoles », déclare-t-il. Cette exposition, produite par Anne Murris, sera installée pour tout l'été, aux côtés du mémorial de la Villa Masséna qu'il souhaite rénover.
Cette décision fait suite à l'arbitrage de l'État qui n'a pas retenu le projet d'un mémorial-musée porté par l'association Mémorial des Anges.
Une cérémonie des dix ans sobre et concertée
Pour les commémorations des dix ans, le maire a travaillé en étroite collaboration avec les quatre associations de victimes. « Ce que je souhaite, c'est que ce soit une cérémonie humble, d'hommage aux victimes, de pensées pour elles et pour leurs familles », explique-t-il. Il insiste sur la sobriété : « Pour les victimes, ces commémorations sont toujours une terrible épreuve, et il ne faut pas ajouter du poids à la douleur. »
Au-delà du devoir de mémoire, Éric Ciotti adresse un message de vigilance : « Certes, notre pays a considérablement renforcé ses dispositifs de protection depuis ces attaques, mais la menace est toujours là. Nous ne sommes pas à l'abri d'un attentat aussi grave. Il ne faut pas banaliser, il ne faut pas baisser la garde. »
L'engagement pour des hommages d'État à la hauteur
Interrogé sur l'absence de ministres aux dernières cérémonies, le maire comprend la colère des victimes qui se sentent « victimes de seconde zone ». Il s'engage à exiger de l'État des hommages à la hauteur pour les prochaines années. « J'ose espérer que l'État et les gouvernements qui se succéderont après 2027 seront pleinement dans cet état d'esprit », conclut-il.



