Incendie en forêt de Fontainebleau : 800 hectares brûlés, habitants évacués
Incendie à Fontainebleau : 800 ha brûlés, évacuations en cours

Ce sont des scènes estivales courantes pour qui vit dans l’arc méditerranéen mais Valérie, habitante du Vaudoué, ne s’attendait pas à ce que le feu la chasse de chez elle, en forêt de Fontainebleau, à 60 kilomètres de Paris. Médusés, les habitants de cette petite commune forestière de Seine-et-Marne bravent les appels à rester confinés et regardent passer les véhicules de secours, dont les gyrophares bleus trouent la nuit embrumée par les fumées de l’incendie qui avait parcouru 800 hectares peu après minuit. Des tracteurs complètent le défilé, remorquant de larges citernes d’eau pour alimenter les secours. Les agriculteurs du secteur seront privés de travaux dans les champs ce lundi 13 juillet 2026, selon un arrêté de la préfecture qui a également interdit l’accès à tout le massif forestier.

« On voyait le feu d’un côté et de l’autre »

« Huit cents hectares, ça va se voir de haut… On va pleurer notre forêt », soupire le premier adjoint, Didier Buguinet, qui n’a « jamais vu ça » en trente ans au Vaudoué. Il pense déjà aux adaptations nécessaires qu’appelle ce qui ressemble fort à une nouvelle ère pour sa commune : « Il va peut-être y avoir des changements pour le débroussaillage… » Valérie et son mari Daniel ont déjà vécu des feux impressionnants, au Portugal et à Marseille. Mais en forêt de Fontainebleau, cela faisait douze ans que le feu n’avait plus fait irruption dans leur vie. Et l’ampleur n’avait rien à voir. « On voyait les cendres retomber. La mairie et les pompiers sont arrivés pour nous dire d’évacuer », raconte la quinquagénaire, assise sur le monument aux morts de la guerre de cette commune de 750 âmes. « On a pris les chats et les chiens dans la voiture […] on voyait le feu d’un côté et de l’autre », raconte-t-elle. Son mari est retourné s’assurer que leur logement n’était pas parti en fumée : « Les pompiers m’ont dit que la maison allait bien mais que je ne pouvais pas revenir avant 6h demain matin », dit-il.

Regroupés dans une salle polyvalente

En milieu de nuit, le front de feu était à une centaine de mètres des premières habitations, selon des journalistes de l’AFP sur place. Et sans les deux avions bombardiers Dash, qui ont épandu du retardant jusqu’à la tombée du jour, il aurait fallu évacuer tout le village, et non seulement quelques rues en lisière de forêt, selon les secours. « Dans le Sud mes parents étaient tout le temps focalisés sur les incendies et c’est ici que ça arrive », soupire Sophie Guiot, qui a eu le réflexe d’enlever la bouteille de gaz reliée à son barbecue avant d’être évacuée. « La boule au ventre », elle montre les photos de l’avion bombardier d’eau survolant sa maison. Devant la salle polyvalente où se sont regroupées une trentaine de personnes, une adjointe au maire, Sylvia Thirot, tient les comptes des évacués sur un grand cahier : « On a une centenaire au village, 103 ans, elle n’était pas évacuée mais elle est venue ici pour qu’on la rassure », dit l’élue.

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« Conditions météorologiques défavorables »

Ce lundi s’annonce encore difficile pour les résidents : « les conditions météorologiques défavorables vont se poursuivre pendant toute la journée », prévient la préfecture, tandis que le feu continuait sa progression malgré la baisse des températures à la faveur de la nuit. Daniel et Valérie ne savent pas où ils vont dormir, mais d’autres villageois leur ont offert le gîte. Sinon, « il y a la pelouse là derrière qui me tente », blague Valérie, tandis que chacun prend des nouvelles des voisins, des amis, des maisons et des animaux de compagnie. « Les propriétaires de chevaux étaient angoissés. Heureusement ils ont pu aller au “grand parquet” », le stade équestre de Fontainebleau, pour mettre leurs bêtes à l’abri, poursuit Sylvia Thirot, qui ne cache toutefois pas une inquiétude pour les équidés « qui étaient dans les champs ».

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400 pompiers mobilisés

Quatre cents pompiers étaient à pied d’œuvre dans la nuit pour lutter contre ce feu qui, depuis son déclenchement en bord d’autoroute dans l’après-midi, a déjà parcouru quelque 800 hectares en milieu de nuit, a indiqué le commandant Paul-Edouard Laurain, porte-parole du service départemental d’incendie et de secours (Sdis). Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez est attendu sur place lundi matin. Les soldats du feu ne sont plus épaulés par les deux hélicoptères bombardiers d’eau et les deux avions dépêchés du sud de la France, qui ont dispersé du produit retardant sur le brasier et ont dû interrompre leurs rotations à la tombée du jour. C’est la première fois que de tels avions sont mobilisés en région parisienne. Cet incendie, décrit comme « très virulent » par les secours, va nécessiter l’engagement durant « une ou deux semaines » de pompiers qui vont recevoir des renforts de toute la France, a indiqué lors d’un point presse le sous-préfet de Fontainebleau, Yannis Bouzar.

« On sera à 25 000 hectares brûlés » en France

Les fortes chaleurs, qui étouffent notamment l’Île-de-France depuis plusieurs jours, accroissent considérablement le risque de départs de feux, attisés aussi par la sécheresse des sols. Partout dans le pays, les secours ont dû lutter contre les flammes : Pyrénées-Orientales, Drôme, Lot, Savoie, mais aussi des secteurs plus septentrionaux, comme l’Indre ou la Loire-Atlantique, démonstration qu’aucune région n’est à l’abri de ces incendies estivaux, favorisés par les épisodes de canicule de plus en plus fréquents. Selon Laurent Nuñez, une fois le bilan « consolidé », « on sera à 25 000 hectares brûlés » en France, soit « deux fois plus par rapport à la même période » de 2025. Les autorités ont prévenu que les responsables de tels sinistres, volontairement ou par imprudence, feraient l’objet de poursuites pénales. Elles ne laisseront « rien passer », a prévenu le ministre, qui a indiqué samedi que 32 personnes avaient été placées en garde à vue depuis le début de l’été.