Chaque été, le phénomène du « resto basket » refait surface dans les restaurants, notamment sur la Côte d'Azur. Des clients commandent, consomment, puis disparaissent sans régler l'addition, laissant les professionnels désemparés et avec des pertes financières non négligeables. En 2025, à Toulon, un père et son fils ont été interpellés après avoir trompé une quarantaine d'établissements en trois ans, causant plus de 3 000 euros de préjudice, selon le parquet de Toulon.
Un préjudice important pour les restaurateurs
Le scénario est toujours le même : un couple s'installe en terrasse, commande apéritifs, plats et desserts, puis profite d'un moment d'inattention du personnel pour s'éclipser sans payer. Un restaurateur hyérois, qui souhaite rester anonyme, témoigne : « Ils nous ont fait un resto basket. On se sent honteux de se faire avoir. Leur système est bien ficelé. Ils profitent du fait que l'on soit occupé pour quitter la table sans payer. »
Durant le mois de juillet, ce restaurateur a enregistré trois impayés, allant de 72 à 150 euros chacun. « Il n'est pas possible de leur courir derrière ! Et que leur ferait-on ? La police ne se déplace pas… », déplore-t-il. Une perte de temps et d'argent qui s'ajoute aux difficultés déjà rencontrées par le secteur.
La filouterie, un délit puni par la loi
Le « resto basket » est juridiquement qualifié de filouterie, un délit prévu par l'article 313-5 du code pénal. Il est puni de 6 mois d'emprisonnement et de 7 500 euros d'amende. Cette infraction s'applique non seulement aux restaurants, mais aussi aux hôtels (occupation d'une chambre), aux taxis et aux stations-service.
Malgré l'existence de cette sanction, peu de restaurateurs portent plainte. « Essayez d'aller porter plainte… Je n'ai pas de temps à perdre. Déjà que je perds de l'argent », commente le commerçant varois. La recrudescence du phénomène pourrait être liée à la baisse du pouvoir d'achat, mais aussi à un « manque total de respect », selon lui : « Je veux manger au restaurant gratuit, je le fais. Parfois c'est aussi simple, sans imaginer le travail qu'il y a derrière. Les levers à 6 heures du matin, les achats, les charges, la fatigue, les difficultés financières. »
Des parades efficaces à mettre en place
Pour lutter contre ce fléau, les professionnels recommandent plusieurs mesures. La parade la plus citée est d'encaisser dès que la commande est servie, plutôt qu'en fin de repas. Il est également conseillé de renforcer la surveillance des tables en bordure de terrasse, propices à une fuite rapide, et d'exiger une empreinte bancaire pour les réservations de groupe. Certains restaurants optent pour un QR code permettant de payer au fur et à mesure.
Le personnel est aussi formé à repérer les signaux d'alerte : clients qui interrogent sur le paiement, surveillent les allées et venues, ou choisissent une place près d'une sortie. Face à un comportement suspect, il est possible de demander un paiement anticipé, surtout pour les commandes coûteuses comme les bons vins ou les plats chers.
Peut-on photographier un client fraudeur ?
Une photo prise sur le moment, à titre de preuve interne, ne pose pas de problème, car elle peut être jointe à une plainte. En revanche, la diffuser sur les réseaux sociaux est risqué. Un restaurant est considéré comme un lieu privé, et la transmission de l'image d'une personne sans son consentement dans un tel lieu est interdite. Le contrevenant s'expose à un an d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende.
Le serveur n'est pas responsable
Un employeur ne peut pas déduire l'impayé du salaire de l'employé qui n'a rien vu venir. Une retenue sur salaire n'est légale qu'en cas de faute lourde, c'est-à-dire intentionnelle. Une simple inattention un soir de rush ne suffit jamais à la justifier.
Le « resto basket » illustre la fragilité d'un secteur aux marges serrées, mais la riposte doit rester dans les clous de la loi, pour le restaurateur comme pour son personnel.
Comment lutter efficacement ?
- Répartir l'attention pendant les rushs.
- Demander une empreinte bancaire au moment de la réservation (notamment pour les groupes ou les créneaux à forte demande).
- Ne pas hésiter à demander un paiement anticipé face à un comportement suspect, surtout pour des commandes coûteuses.
- Signaler les clients récidivistes entre professionnels via les réseaux sociaux.



