Procès à Nîmes : silence et omerta autour d'une tentative de meurtre à la kalachnikov
Procès à Nîmes : silence et omerta autour d'une tentative de meurtre

La criminalité organisée à Nîmes s'invite aux assises. Au deuxième jour du procès, les juges explorent les zones d'ombre d'une tentative de meurtre à la kalachnikov, entre contrat flou, peur des représailles et silences pesants et spectre de la DZ Mafia. Le contrat, les mauvaises fréquentations, les silences, l'omerta et le spectre de la DZ Mafia, c'est en substance ce qui émerge des témoignages et des enquêtes de personnalité de ce Nîmois accusé de tentative de meurtre au Mas de Ville en septembre 2023. Une rafale de kalachnikov et de pistolet automatique avait projeté une douzaine de tirs en direction de deux hommes sans les atteindre. Un miracle.

Le parcours de Stéphane Plantier passé au crible

Au deuxième jour d'audience, c'est essentiellement le cursus de vie de Stéphane Plantier qui a été passé au crible du psychologue, du psychiatre et des témoignages qui émaillent la procédure. Les témoins ? La plupart n'ont pas voulu se déplacer devant la cour criminelle. L'un fournissant un certificat médical, l'autre refusant d'être extrait de sa cellule pour témoigner. Il a écopé d'une amende de 1 000 euros pour avoir opposé une fin de non-recevoir à la cour et de livrer son témoignage.

Une figure du banditisme nîmois visée

Le président Pasta, à défaut de sa déposition à l'audience, une figure du banditisme nîmois avait expliqué qu'il pensait être la cible des tireurs. Pourquoi ? Car les tireurs l'assimilaient à son cousin, lui-même impliqué dans le trafic de drogue. Comme la veille, avec la déposition du directeur d'enquête, les cinq juges de la cour d'assises spéciale se sont replongés dans la criminalité organisée de Nîmes liée au trafic de drogue, les règlements de comptes et le spectre des meurtres commandités par les réseaux de Nîmes et probablement mis en œuvre par les équipes marseillaises de la DZ Mafia.

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Les contradictions de l'accusé

"Comment vous faites pour conduire et tirer en même temps ?" Que faisiez-vous dans la voiture le 29 septembre ? L'accusé explique qu'il regrette son implication mais ne répond pas précisément : "Je regrette beaucoup les faits." "Vous conduisiez la Peugeot ?" "Oui", répond l'accusé. "Comment vous faites pour conduire et tirer en même temps ?", questionne le président. "C'était pour les effrayer, je voulais tirer en l'air et partir", explique l'accusé qui pensait que les gens qui venaient à son contact allaient le tuer. "Vous tirez en l'air pour les faire partir et vous faites demi-tour", dit le président à l'accusé. "Mais les gens sur lesquels vous tirez n'ont rien à voir ? À qui vous deviez faire peur ?" L'accusé répond : "Il y avait des dizaines de photos, je ne savais vraiment pas qui c'étaient ces gens, je regrette profondément ma participation."

"On cherche ce qu'il dit après qu'il a parlé"

Le président cherche à connaître l'objectif du contrat. L'accusé explique avoir tiré pour se défendre en quelque sorte, contrairement à ce que la procédure a retenu, à savoir des tirs considérés comme une tentative de meurtre. Stéphane Plantier reprend la dimension low cost de l'affaire et une sorte de confusion. Le président rappelle les nombreux antécédents pour stups de l'accusé. Le juge demande à l'accusé de clarifier sa position sachant que de nombreuses erreurs de cibles se sont produites à Nîmes. "Ça ne tient pas votre version", ajoute le président face à un accusé qui répond mais sans dire qui parle, sans expliquer. Un peu comme dans Les Femmes savantes (Molière) : "On cherche ce qu'il dit après qu'il a parlé".

Complice de 17 ans massacré en prison

L'accusé fait comprendre qu'il a agi sous contrainte pour réaliser un contrat mais qu'en réalité, ce n'était pas vraiment un contrat. Contrat exécuté avec "un jeune de 17 ans qui s'est fait massacrer plus tard à la prison de Luynes" et dont le meurtre a donné lieu à une enquête. "J'ai peur des pressions", dit l'accusé.

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Le rendez-vous sur l'autoroute

Le président s'étonne que le mineur de Marseille soit le chef de l'opération de Nîmes comme semble le dire l'accusé… Apparemment, le rendez-vous devait avoir lieu sur l'aire d'autoroute de Marguerittes. L'étau se resserre. Le juge veut les détails : comment, où, à quelle heure, où le contact a été pris. "Mais alors vous étiez en contact la veille…" "Vous ne voulez pas dire qui vous a mis en contact ?" Un homme de Marseille. Qui ? "J'ai peur des pressions." On n'en saura pas plus.

L'opération commando

L'enquête a montré que les malfrats étaient cagoulés, habillés de noir, masqués, armés d'un pistolet et d'une Kalachnikov avec une voiture Peugeot pour l'action commando et une Clio de repli pour vraisemblablement repartir après les faits. Mais la police a arrêté les deux individus endormis dans la voiture, flingues à portée de main et bidon d'essence pour cramer le véhicule de "guerre" qui a servi à l'opération commando. "Qu'est-ce que vous pensez de la version de Monsieur B qui dit que c'est lui que vous vouliez tuer ?"

Le Mas de Mingue associé à la DZ de Marseille ?

"Ce sont des histoires de Nîmes", nuance l'accusé. Le président demande si l'accusé sait que le Mas de Mingue travaille avec la DZ de Marseille. L'accusé répond qu'il ne sait pas. "A priori, peut-être." Cette thèse a pourtant été évoquée dans plusieurs procès criminels des mots mêmes d'un accusé qui avait déclaré aux assises : "La sécurité du réseau est assurée par les Marseillais." Le fond de l'histoire ? L'accusé assume que ce type d'activités le pousse soit à être exécuté soit à partir en prison. Il explique en substance qu'il est sous emprise et a préféré se taire plutôt que se faire descendre. Pour la vérité, il faudra repasser. Les juges de la cour d'assises spéciale posent des questions précises, pointues. L'accusé marmonne et semble s'enfermer dans des semblants de réponses, parfois des contradictions.