Quatre ans après la tragédie du carnaval de Strépy-Bracquegnies, en Belgique, le procès de Paolo Falzone s’ouvre ce lundi devant la cour d’assises de Mons. L’homme est accusé de sept meurtres et 81 tentatives de meurtre. Lorena Cascarano, qui peine encore à réaliser, a perdu sa mère et son père quand une voiture a foncé dans un cortège de carnaval en 2022. Au total, sept « meurtres » sont reprochés au conducteur dans ce procès qui s’ouvre quatre ans après la tragédie.
Le déroulement des faits
Le drame s’est produit le 20 mars 2022 à Strépy-Bracquegnies, une section de la ville de La Louvière réputée pour son défilé de « Gilles » en sabots et coiffe blanche. C’était le premier carnaval après deux ans d’interruption en raison de la pandémie de Covid-19. À 5 heures du matin, lors de l’étape du « ramassage », une centaine de personnes se trouvaient sur la chaussée. C’est alors qu’une BMW conduite par Paolo Falzone, de retour de boîte de nuit avec un ami, a surgi. Le moteur gonflé de la voiture lui permettait d’atteindre plus de 150 km/h, voire 170 km/h, malgré la limitation à 50 km/h dans cette zone urbaine. Le choc a été extrêmement violent. Six personnes ont été tuées sur le coup, dont les parents de Lorena Cascarano et son oncle maternel, qui était son parrain. Les secours ont dénombré plusieurs dizaines de blessés, éparpillés au sol, décrivant « une scène de guerre ». Un septième décès est survenu en 2024.
Les qualifications pénales en débat
Le chauffard a été interpellé sur place par la police, avec son passager, Antonino Falzone (sans lien de parenté). Ce dernier doit répondre de non-assistance en danger et encourt deux ans de prison ferme. Chose rare pour un drame de la route, l’affaire est jugée par une cour d’assises, où l’accusé principal doit répondre de sept meurtres et 81 tentatives de meurtres, correspondant à la taille du groupe présumé ciblé. L’avocat de Paolo Falzone, Frank Discepoli, devrait contester ces qualifications. « Le dossier démontre que ce n’est pas la première fois qu’il roulait de façon totalement irresponsable. Il le reconnaît. Mais il n’a jamais eu l’intention de tuer ! », a-t-il soutenu.
Au printemps 2025, la cour d’appel de Mons avait décidé de renvoyer l’affaire devant un jury populaire, en partie en raison de l’ampleur de l’émotion suscitée. Pour les douze jurés, il sera intéressant d’entendre le conducteur s’expliquer sur sa réaction lors de l’accident, et pourquoi il lui a fallu plus d’un kilomètre pour s’arrêter. Deux personnes avaient traversé son pare-brise sous la violence du choc, projetées en partie dans l’habitacle, et une troisième se trouvait sur le capot avant de chuter puis de passer sous les roues. Aux enquêteurs, Paolo Falzone a dit avoir poursuivi sa route par crainte de la réaction des membres du cortège. L’enquête a révélé qu’au moment de l’accident, il se filmait au volant pour une « story » sur les réseaux sociaux et ne regardait pas devant lui.
Le procès doit durer au moins un mois et demi. Il débute lundi matin par la lecture de l’acte d’accusation. Près de 280 personnes – témoins, experts, enquêteurs, secouristes, etc. – doivent ensuite venir témoigner à la barre. « Je n’attends pas forcément des excuses, mais des explications, ça oui », lâche Lorena Cascarano.



