Procès d'empoisonnement en Vendée : une mère et sa fille jugées pour avoir tenté d'éliminer le conjoint
Procès d'empoisonnement : mère et fille jugées pour tentative de meurtre

Une affaire d'empoisonnement aux méthodes cinématographiques

Il faut posséder une constitution particulièrement robuste pour survivre à la vie commune avec Amélie Debruyne. Cette affirmation s'applique tant au sens figuré qu'au sens littéral du terme. Pendant cinq longues années, Enrique Bonte a dû endurer les sautes d'humeur imprévisibles et la jalousie maladive de sa compagne. La situation s'est considérablement détériorée lorsque la mère d'Amélie, Carole Decreton, a emménagé dans une dépendance attenante au domicile du couple vendéen durant la crise sanitaire de 2020. C'est précisément à partir de ce moment que les reins de monsieur ont été soumis à une épreuve physique des plus rudes.

Un cocktail toxique aux conséquences durables

Anxiolytiques en quantité industrielle, graines de ricin mortelles, plantes hautement toxiques et même de l'antigel : le conjoint et gendre a ingurgité presque l'intégralité de ce mélange létal. Si, par un incroyable concours de circonstances, ses fonctions vitales ont été préservées, sa santé mentale, en revanche, a payé un lourd tribut. « Stress post-traumatique majeur, somatisation importante, syndrome dépressif et idées suicidaires persistantes », a méthodiquement énuméré un expert psychiatre lors de l'instruction. Les faits reprochés se sont déroulés entre 2021 et 2022. Quatre années plus tard, alors que s'ouvre le procès des deux femmes devant la cour d'assises de La Roche-sur-Yon, Enrique Bonte demeure « extrêmement fragile psychologiquement », a confié son avocat, Me David Potier. Une fragilité parfaitement compréhensible au vu des événements.

Un pacte criminel entre mère et fille

Les faits établis par l'enquête transforment le quadragénaire en un authentique miraculé, victime d'un pacte criminel pour le moins hallucinant. Ce pacte a été noué entre une mère possessive à l'extrême, marquée par la perte tragique d'un premier enfant à l'âge de neuf mois, et sa fille d'une naïveté aussi troublante que dangereuse. Leur objectif commun : éliminer le compagnon de cette dernière. Sur un fond déjà lourd de violences conjugales réciproques, de chantages au suicide répétés, d'un passé familial traumatisant, de dépendance affective maladive et de consommation régulière de stupéfiants et d'alcool, Amélie Debruyne en est arrivée à une conclusion implacable. Elle a estimé qu'il valait mieux provoquer la mort de l'homme qu'elle aimait passionnément et qui menaçait de la quitter, plutôt que de subir l'abandon.

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Cette sinistre décision présentait, à ses yeux, un double avantage, à la fois sentimental et matériel. Six pieds sous terre, Enrique Bonte ne pourrait plus jamais retomber dans les bras d'une autre femme. Par ailleurs, son décès aurait entraîné le remboursement intégral du crédit immobilier par les assurances-vie. Baignant dans l'illusion que son existence devrait ressembler à « un film », la trentenaire s'est tout simplement inspirée de séries populaires diffusées sur Netflix pour passer à l'action. Cependant, si éliminer ses rivaux grâce à la chimie ou aux plantes toxiques fonctionne à merveille sur un écran 16/9, la recette s'avère bien plus complexe et risquée à mettre en œuvre dans la réalité.

De l'armoire à pharmacie aux plantes mortelles

Avant de copier les scénarios du petit écran, Amélie Debruyne a commencé par la méthode la plus accessible : le détournement de médicaments. Dans son armoire à pharmacie, elle conservait des comprimés d'Alprazolam, prescrits à la suite de plusieurs tentatives de suicide. Avec la complicité active de sa mère, Carole Decreton, elle a broyé d'abord dix, puis trente de ces comprimés avant de les mélanger discrètement à une tasse de café. Lors de la seconde tentative d'empoisonnement de cette manière, le duo mère-fille est même parti faire du shopping, espérant retrouver un cadavre à leur retour dans la chambre conjugale. « Quand j'ai tenté de me lever du lit, ma tête a violemment heurté la table de nuit », a raconté le rescapé aux enquêteurs, précisant avoir totalement perdu la mémoire du reste de cette journée.

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Face à l'échec de cette solution domestique, place aux idées estampillées « vues à la télévision ». Un épisode de la série « You » a fourni l'arme idéale pour un crime supposé parfait : l'aconit tue-loup, une plante à la toxicité redoutable et que l'on peut se procurer en quelques clics sur Internet. Après avoir ingéré seulement quatre bouchées d'un chili con carne spécialement préparé par sa compagne, l'homme au crâne dégarni, à la barbe fournie et aux nombreux tatouages, dont certains ornent son visage, a été pris de violents tremblements incontrôlables. Dans un réflexe de survie salutaire, il a réussi à se traîner in extremis à l'extérieur pour avaler du charbon actif, un antidote naturel particulièrement efficace. « Le plat devait être périmé », a alors feint la cuisinière en herbe pour dissimuler sa tentative.

De la ricine à l'antigel : l'escalade de la toxicité

Nouvelle désillusion pour les empoisonneuses quelques semaines plus tard. Amélie Debruyne constate avec amertume que son conjoint a renoncé à fumer sa cigarette roulée après s'être aperçu de la présence de « morceaux durs, semblables à de petits coquillages » dans son tabac. Il s'agissait en réalité de graines de ricine finement broyées. Ces graines, une fois inhalées, présentent une toxicité estimée à 6 000 fois supérieure à celle du cyanure, comme le démontre une scène marquante de la série « Breaking Bad » qui avait profondément fasciné l'accusée.

La mort-aux-rats, un temps sérieusement envisagée, a finalement été abandonnée car « la texture n'était pas suffisamment camouflable dans la nourriture ». Elle a été remplacée par de l'antigel, une méthode employée par une épouse pour se débarrasser de son mari aux États-Unis, selon une information glanée sur Internet. Les accusées ont même mis leur chien à contribution pour tester l'efficacité du produit. Après avoir consommé des boulettes de viande contaminées, l'animal a dû être euthanasié au bout de quarante-huit heures d'une lente et douloureuse agonie.

La révélation et l'aveu enregistré

Fort heureusement, l'antigel dissimulé dans une autre tasse de café n'a, une fois encore, produit aucun effet nocif sur Enrique Bonte. L'homme, après avoir eu les reins sérieusement malmenés, a dû ensuite surveiller avec une extrême vigilance les freins de son véhicule. En effet, passionnée de mécanique automobile, Amélie Debruyne avait identifié sans difficulté quel câble de frein sectionner pour provoquer un accident mortel. Alerté par son intuition, le quadragénaire découvre la manœuvre et commence enfin à nourrir de graves soupçons... à l'encontre de sa belle-mère. Il l'accuse de vouloir le supprimer pour conserver la maison, garder sa fille auprès d'elle, ainsi que l'enfant du couple.

Mais c'est sa compagne qui finit par craquer sous le poids de la culpabilité. Elle lui avoue être l'instigatrice de l'ensemble des tentatives d'empoisonnement, alors qu'il l'enregistre discrètement. Cette pièce audio capitale a été versée au dossier d'instruction et constitue une preuve accablante.

Des motivations ambivalentes face à la justice

Pourquoi un tel acharnement à vouloir éliminer un être aimé ? Au psychologue qui l'a expertisée, la principale accusée, qui doit s'exprimer devant la cour d'assises, s'est montrée particulièrement ambivalente. « Ce n'était pas pour le tuer, mais pour avoir la paix, pour trouver une solution pour sortir de cette relation aussi destructrice que passionnelle. J'étais à bout. C'était tout le temps des violences et des insultes. Qui peut dire que personne n'a jamais eu envie de tuer quelqu'un dans la vie ? Moi, j'ai tenté de le faire, et je vais en payer le prix fort. » Comme sa mère, Carole Decreton, elle encourt la peine maximale de réclusion criminelle à perpétuité. Le procès, qui s'ouvre dans une atmosphère tendue, devra démêler l'écheveau complexe de cette relation toxique et des actes criminels qui en ont découlé.