Après treize ans sans papiers, Sabrina attend son titre de séjour avec fébrilité
Treize ans sans papiers : Sabrina espère son titre de séjour

Sabrina, 42 ans, femme de ménage algérienne, espère obtenir son titre de séjour en juin après treize années passées sans papiers en France. Elle raconte son parcours difficile, entre travail au noir, exploitation et espoir de régularisation.

Blouse grise, paire de gants bleus en plastique et produits ménagers à la main, Sabrina déambule dans le couloir d’un hôtel parisien. Elle y travaille en tant que femme de chambre depuis 2019. "Moi, je fais tous les étages, parce que je contrôle en même temps ce qu’ont fait les filles", plaisante-t-elle. En ce début d’après-midi, cette femme à la bonhomie évidente entame la dernière chambre de la journée. En cinq minutes, draps et serviettes sont méticuleusement changés. Un emploi similaire à celui qu’elle a exercé précédemment, mais avec une différence de taille : ici, Sabrina travaille légalement. "A mon arrivée à l’hôtel, j’ai raconté mon histoire au directeur. Il a accepté tout de suite de me déclarer. Il m’a beaucoup aidée", explique-t-elle, reconnaissant qu’elle "travaille dans de meilleures conditions ici".

Son histoire est semblable à celle de beaucoup d’autres travailleurs sans papiers. Aujourd’hui âgée de 42 ans, Sabrina est arrivée d’Algérie il y a treize ans, un diplôme en maîtrise et gestion de l’eau en poche. Non reconnu en France, son diplôme algérien ne lui permet pas de trouver un emploi dans son secteur, la contraignant à enchaîner des petits boulots, notamment d’aide-ménagère. "J’ai commencé à travailler au noir dans les maisons, partout", confie-t-elle. Sabrina finit par être embauchée par une directrice d’hôtel en région parisienne qui profite de sa situation précaire. À la demande de son employeur, elle prend le nom de sa tante, régularisée, pour ne pas éveiller les soupçons de l’administration, et sera payée 800 euros par mois pour dix heures de travail par jour, soit l’équivalent de 4 euros de l’heure.

Une première demande de régularisation refusée

Cette situation dure plusieurs années et pousse Sabrina à souhaiter être régularisée dès que possible. Mais pour demander un titre de séjour "salarié", il lui est indispensable de fournir un contrat de travail et d’être déclarée. Une possibilité offerte par le directeur d’hôtel où elle travaille désormais, qui a transformé son CDD en CDI après quelques mois. Contrat à durée indéterminée, déclaration d’impôts, fiches de paie… La femme de chambre semble avoir enfin toutes les cartes en main, mais cela ne suffit pas à obtenir un visa de travail. Sa première demande est refusée par la préfecture. La raison ? Sabrina est arrivée en France avec un visa touristique et non un visa de travail. "J’étais choquée. Je leur ai dit : « Je travaille, j’ai tout, je suis déclarée avec mon mari. » Ils ont dit non", explique-t-elle, amère. "Pourtant, c’est dur, le travail de l’hôtel. Pendant le Covid, ce sont des gens comme moi qui venaient." Un emploi physiquement éprouvant, inscrit dans la liste des métiers en tension en Île-de-France depuis plusieurs années. Cet inventaire détermine pour chaque département les secteurs en manque de main-d’œuvre. Dans celui de l’hôtellerie, tous les personnels de cette branche sont concernés. Cette mention est censée faciliter la régularisation de travailleurs étrangers, comme Sabrina.

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Le récépissé, un répit de courte durée

Sac-poubelle et linge sale posés devant l’ascenseur, Sabrina s’apprête à terminer sa journée. Elle quitte le 6e étage pour revenir à la réception. Avec une idée en tête : "Je vais aller faire un peu de shopping", annonce-t-elle, souriante. Aujourd’hui, elle n’a plus peur de sortir et d’être contrôlée par la police. Grâce à son avocate, Sabrina a obtenu un récépissé de demande de titre de séjour en juin 2025 après le dépôt de sa demande, cette fois-ci avec un statut plus adapté, sous la mention "vie privée et familiale" plutôt que "salarié". Et depuis un an, elle attend une réponse : "J’ai peur, c’est un peu la surprise… J’espère que ce sera fini. Toute cette paperasse m’a épuisée", confie-t-elle en enfilant sa robe noire. Si elle devait obtenir enfin son titre de séjour, Sabrina a rendez-vous à la préfecture à la mi-juin. Elle voudrait quitter le secteur de l’hôtellerie. "Je ne pourrai pas reprendre mes études depuis le début, mais j’aimerais faire une formation de puéricultrice ou d’aide aux personnes âgées", se projette la femme de chambre. Un autre secteur d’aide, également inscrit parmi les métiers en tension.