Procès d'Aurélie S. à Avignon : les contradictions troublantes sur la mort de deux nourrissons
Procès Aurélie S. : contradictions sur la mort de deux bébés

Procès d'Aurélie S. à Avignon : les contradictions troublantes sur la mort de deux nourrissons

La cour d'assises du Vaucluse est plongée depuis jeudi dans un procès particulièrement éprouvant. Aurélie S., 45 ans, comparaît pour le meurtre de deux de ses bébés, dont les corps ont été découverts conservés dans un congélateur. Dès les premières heures d'audience, la présidente de la cour a pointé du doigt les incohérences des déclarations de l'accusée, lançant cette question cinglante : « Mais alors, doit-on choisir la réponse qui nous convient ? ».

Des versions évolutives et contradictoires

La journée, consacrée à l'enquête de personnalité, a rapidement vu s'installer un doute persistant sur chaque affirmation d'Aurélie S. L'accusée, vêtue d'un chemisier blanc et d'un pull noir, a livré des explications confuses concernant un accouchement sous X à Valréas, son troisième enfant. Elle a affirmé que son compagnon de l'époque était au courant de la grossesse et heureux de devenir père, avant de se rétracter face à l'interrogatoire de la présidente.

« Alors vous partagez à l'hôpital accoucher et revenez sans l'enfant et le père ne dit rien ? », a questionné la magistrate. « Voilà, oui », a répondu Aurélie S., les mains croisées, son pouce malaxant sa manche et laissant apparaître des bagues tatouées sur ses doigts. Confrontée à ses précédentes auditions où elle évoquait des menaces de mort du père qui ne voulait pas de l'enfant, l'accusée a finalement confirmé : « Si. Il m'avait bien menacé. Il m'a dit : 'si tu rentres avec le petit je te tue' ».

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Un parcours de vie chaotique

L'enquêtrice de personnalité a décrit une femme ayant grandi à Mazan dans « une famille unie, aimante, soutenante », qualifiant Aurélie S. de « polie », « discrète » et « respectueuse ». Cependant, son rapport aux hommes apparaît problématique. « Elle me dit être toujours tombée sur des mauvaises personnes, avec ce même schéma récurrent : alcool, drogue et infidélité, mais sans jamais se questionner sur son éventuelle part de responsabilité », a souligné l'enquêtrice, notant une personnalité « instable » et parfois « dépassée ».

Consommatrice de stupéfiants depuis l'âge de 15 ans, Aurélie S. a connu une scolarité en privé catholique avant une orientation en filière professionnelle. Elle intègre l'armée en 2001, où elle rencontre le père de son premier enfant. Une relation marquée par des violences conjugales de la part d'un compagnon militaire consommateur de cocaïne et d'ecstasy. « Il me rabaissait, m'insultait et me frappait », a-t-elle expliqué. Sa désertion de l'armée suite à sa grossesse a semblé marquer le début d'une spirale : déménagements successifs, compagnons multiples, grossesses non assumées et difficultés financières ayant alerté les services sociaux.

Les révélations sur des viols incestueux

L'audience a également été le théâtre de révélations douloureuses concernant des viols répétés que l'accusée dit avoir subis entre 8 et 13 ans de la part d'un cousin de trois ans son aîné. Face aux questions insistantes de l'avocat général sur l'absence de corroboration de ces faits et le refus de nommer l'agresseur, Aurélie S. a fini par céder sous l'émotion.

« Elle s'appelle Emilie R. », a-t-elle lâché dans un sanglot, avant de se reprendre : « Je ne voulais pas détruire ma famille, mes parents. » Le magistrat a rétorqué : « C'est vous qui allez être détruite », ce à quoi l'accusée a murmuré : « Je suis détruite de toute façon », s'enfonçant dans sa chaise.

Le témoignage déchirant de la famille

La sœur d'Aurélie S., évoquant des confidences de ses nièces, a parlé de « violence domestique, de mensonge et de manipulation ». Le père, bras croisés et chaussures cirées, a défendu sa fille : « C'était une maman poule, on ne peut pas lui reprocher ça ». Cependant, ni la sœur ni le père n'ont semblé croire aux allégations de viols incestueux, laissant Aurélie S. effondrée sur sa chaise, la tête soutenue par son poing fermé.

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L'émotion a atteint son paroxysme lorsque ces viols ont été évoqués devant la mère, qui chancelait à la barre. Sur le banc des parties civiles, les trois filles d'Aurélie ont suivi les débats avec un détachement apparent, tandis que les deux pères des nourrissons congelés sont restés mâchoires serrées et regards noirs tournés vers le box des accusés.

Ce procès, qui doit durer jusqu'au 27 mars, n'a pas encore abordé le fond du dossier, réservé pour la semaine prochaine. Les déclarations fluctuantes d'Aurélie S. et les révélations sur son passé douloureux créent d'ores et déjà un climat de profonde perplexité dans la salle d'audience.