À Agen, un terrain synthétique va supplanter le gazon naturel. Le chantier commence lundi. Des morceaux de cette pelouse mythique sont vendus au profit de la formation. Un brin d'herbe comme une pierre aurait, sans doute, beaucoup de choses à raconter, s'il pouvait s'animer. Et bien plus encore, quand ledit brin puise son substrat dans une enceinte mythique. De haut de cette pelouse d'Armandie, plus d'un siècle de rugby vous contemple, pourrait déclamer un napoléonide. Inauguré en 1921, le stade agenais a vu évoluer sur son gazon les champions de l'Ovalie. Les plus grands joueurs de ce sport, parmi lesquels nombre d'internationaux, y ont planté leurs crampons, plaqué leurs adversaires, gratté et balancé des coups de pied. Dans la terre promise de ce gazon naturel, combien de ballons ont-ils été aplatis ? On sait avec certitude que huit boucliers de Brennus s'y sont promenés. Eh bien, cette pelouse naturelle si fertile en exploits, jalonnée aussi de déconvenues, n'a plus que quelques jours à vivre dans ce théâtre des rêves. Et elle est à vendre ! Du moins, ses morceaux.
Le dernier des Mohicans de la pelouse naturelle
Lundi 18 mai, le chantier d'installation de la pelouse synthétique (943 000 euros TTC) commence au stade Armandie avec le déplaquage du gazon naturel. Des rouleaux seront formés avant d'être découpés en morceaux, d'une taille de 30 à 50 cm de côté, et mis à la vente pour la modique somme de 5 euros. Une paille pour de l'herbe et une part de légende.
« On suit l'exemple de ce qui a été fait à Mont-de-Marsan au stade Boniface ou encore à Biarritz à Aguilera. Aurillac mène actuellement la même opération en vendant des morceaux de sa pelouse du stade Alric », indique Jean-François Fonteneau, le président du SUA. « Nous étions l'un des derniers clubs de Pro D2 à ne pas voir de synthétique. Ce changement a un intérêt sportif et un intérêt pour les deniers publics. Un intérêt sportif parce que ce gazon synthétique va permettre de déployer notre jeu même dans des conditions climatiques difficiles durant l'hiver, et un intérêt pour les finances de la Ville qui fait l'économie de 100 000 euros d'entretien chaque année. Le SUA, depuis sa création en 1908, a toujours joué à Agen sur un gazon naturel. On s'est donc dit qu'il fallait marquer le coup sur un plan symbolique et permettre aux gens d'acquérir un morceau d'histoire tout en faisant un don pour la formation. Cette opération est réalisable parce que la mairie, propriétaire du terrain, est partenaire. »
L'argent récolté sera reversé à l'association du SUA en charge de l'école de rugby et du centre de formation du Sporting. Les morceaux de pelouse pourront être achetés dès le mercredi 20 mai, en s'adressant à la boutique du Stade Armandie. La livraison du terrain synthétique est attendue au 15 août. Il ne sera foulé devant public qu'à la fin du mois d'août ou début septembre, le SUA ayant fait la demande de disputer son premier match de championnat à l'extérieur. D'ici là, les fans et ultras auront peut-être aménagé un carré du gazon d'Armandie dans leur jardin.



