Le hameau de Pradines, situé au bord du lac du Salagou, a été rasé en 1986, dix ans après avoir été épargné par la montée des eaux. D'anciens habitants livrent leur témoignage sur ce traumatisme.
Un déracinement forcé
Arlette Caumel, 77 ans, se souvient : « Maman, là-haut, doit être heureuse que l’on parle de Pradines. » Elle avait 13 ans en 1962 lorsque les familles ont été expropriées pour la construction du barrage du lac du Salagou. Une soixantaine de personnes peuplaient ce hameau aujourd’hui disparu, rayé de la carte par le Conseil Général au milieu des années quatre-vingt.
« On vivait simplement, mais c’était chez nous », confie-t-elle. Les familles vivaient de la terre, cultivaient des légumes, élevaient des moutons. Les enfants allaient à l’école à pied, à Liausson, à quatre kilomètres. L’expropriation a été très mal vécue : « Cela a été très dur. Pour les habitants, c’était un déracinement. Il fallait refaire son trou ailleurs, mais nous n’étions pas des nomades. »
La destruction, un second traumatisme
Annie Audran, dont l’époux André est originaire du hameau, souligne : « L’expropriation a été un traumatisme, mais la destruction du hameau en a été une deuxième. » André a assisté à la démolition depuis le Mont Redon. « Pradines était très jolie, avec ces porches voûtés », ajoute Arlette Caumel.
Contrairement à Celles, sauvé des eaux et restauré, Pradines n’a pas eu cette chance. « Celles a eu la chance d’avoir un maire alors que Pradines n’était qu’un hameau qui dépendait de Clermont », analyse Annie Audran.
Un projet agricole avorté
Christine Garcin, agricultrice, a tenté de s’installer à Pradines en 1982 avec son compagnon. Avec le soutien du sénateur maire de Clermont, Marcel Vidal, ils ont imaginé un projet mêlant agriculture, artisanat et insertion. « J’ai rapidement commencé en maraîchage, mon compagnon reconstruisait la maison », raconte-t-elle.
Mais le Conseil Général a considéré qu’ils étaient des squatteurs. « On nous a dit que l’association des anciens habitants de Pradines avait refusé que l’on habite leur village car ils en avaient été chassés. Le Conseil Général a rasé Pradines pour ne plus avoir de problème. » Le couple a alors signé les premiers baux emphytéotiques aux Vailhés, un hameau de Celles.
Une plaque en mémoire
Mi-juin, une plaque a été dévoilée sur le boulodrome du camping du Salagou, à Clermont, en mémoire de Pradines. Gérard Bessière et Arlette Caumel ont participé à la cérémonie. Un panneau décrit l’histoire du hameau disparu.



