Le destin héroïque d'un pilote rochelais dans la France libre
L'histoire de Philippe Béraud, jeune Rochelais engagé dans les Forces françaises libres, demeure un témoignage poignant du courage et du sacrifice durant la Seconde Guerre mondiale. Avec ses compatriotes Jean Rousseau et Jean Billaud, il a choisi de combattre pour la liberté, un engagement qui lui coûtera la vie le 17 avril 1943, lorsque son avion fut abattu au-dessus du Havre. Son parcours, marqué par la détermination et l'audace, illustre le parcours de nombreux Français qui ont refusé la défaite.
Les débuts prometteurs d'un passionné d'aviation
Philippe Béraud doit sa vocation à l'aviation populaire, une initiative lancée par le Front Populaire en 1936, qui lui permit d'obtenir sa licence de pilote. Formé à l'école d'Istres, le jeune homme trouva rapidement sa voie dans les airs. Cependant, la guerre éclata alors qu'il était hospitalisé à la clinique de La Rochelle, souffrant d'une pleurésie. Malgré cette fragilité, son esprit de résistance était déjà bien ancré.
Âgé de seulement 20 ans le 18 juin 1940, il n'avait même pas entendu l'appel du général De Gaulle qu'il avait déjà choisi son camp. « Il avait essayé de partir le 17, le jour où le bateau 'Champlain' a sauté à la Pallice. C'était la pagaille en ville », rappelait Marc Béraud, conseiller municipal de La Rochelle et neveu de Philippe, dans les colonnes de Sud Ouest en mars 2015. Cette anecdote souligne la confusion et le chaos qui régnaient alors, mais aussi la détermination précoce du jeune homme.
L'engagement dans les Forces françaises libres
Dans le tumulte de la défaite, Philippe Béraud prit la route de l'Espagne, cherchant à rejoindre les forces alliées. À Saint-Jean-de-Luz, il trouva un bateau anglais venu récupérer des pilotes britanniques. Sans hésiter, il se fit passer pour l'un d'eux et parvint à gagner l'Angleterre en juillet 1940. À cette époque, chaque Français débarqué sur le sol britannique était suspecté d'être soit un combattant libre, soit un espion ennemi.
Une fois les doutes levés, l'aviateur rochelais fut formé en Écosse, où il perfectionna son anglais et ses compétences en pilotage de combat. La Royal Air Force, en manque cruel de pilotes, repéra rapidement ce jeune Français talentueux. Nommé « flight commander », il eut l'honneur de diriger une escadrille de pilotes anglais, chargée de missions de reconnaissance et de protection de convois maritimes.
En 1943, il intégra le groupe Alsace, au sein des Forces aériennes françaises libres. Pour protéger sa famille restée en France occupée, il adopta le pseudonyme de Dubard. À bord d'un Spitfire, le célèbre avion de chasse britannique, il n'avait qu'une obsession : combattre dans le ciel français et contribuer à la libération de son pays.
La mission fatale au-dessus de la Normandie
Son vœu fut exaucé le 17 avril 1943, lors d'une mission d'escorte de bombardiers vers Pont-Audemer, en Normandie. Malheureusement, au-dessus du Havre, son avion fut abattu, tout comme celui de son compagnon d'armes, Claude-Raoul Duval. Ce dernier parvint à sauter en parachute et atterrit dans un parc, échappant miraculeusement aux Allemands. « Mon oncle a été tué en vol », explique Marc Béraud, qui a pu reconstituer le parcours de ce compagnon de la Libération grâce aux lettres conservées par sa marraine de guerre, Jeanne Phélippon, une Rochelaise mariée à un Gallois de Cardiff.
À La Rochelle, dans le contexte troublé de la guerre, l'incertitude a longtemps plané sur le sort de Philippe Béraud. « Ma grand-mère a mis des années à l'admettre », témoigne Marc Béraud, soulignant la douleur et le doute qui ont persisté au sein de la famille. Cette histoire rappelle combien les conflits laissent des traces profondes, tant sur le plan collectif qu'individuel.
Le parcours de Philippe Béraud, de l'aviation populaire à son engagement héroïque dans les Forces françaises libres, reste un exemple de bravoure et de dévouement. Son sacrifice, tout comme celui de nombreux autres résistants, mérite d'être honoré et transmis aux générations futures, pour ne jamais oublier le prix de la liberté.



