Le père de Kelyan, 17 ans, a été incarcéré ce jeudi 6 août 2026 au soir après sa mise en examen pour assassinat. L'audience devant le juge des libertés et de la détention (JLD) s'est tenue publiquement, une rareté en matière criminelle, permettant un aperçu du futur procès d'assises. Fabrice H., 59 ans, a été placé en détention provisoire, conformément aux réquisitions du parquet et à l'avis du juge d'instruction.
Un crime qui a bouleversé le quartier de la Madeleine
Les faits se sont déroulés lundi 3 août 2026, au cinquième étage du 3 rue des étoiles à Nice. Fabrice H. a appelé la police à 14h53, après avoir tué son fils. Il a ensuite tenté de mettre fin à ses jours en se sectionnant le cou sur cinq centimètres avec un couteau. Les secours l'ont pris en charge et il a pu être entendu par les enquêteurs du groupe des violences intrafamiliales du service local de police judiciaire (SLPJ) de Nice.
L'annonce du crime a provoqué une intervention policière sous tension, avec le déclenchement du RAID, boulevard de la Madeleine. Le quartier a été bouleversé par ce drame familial.
Une audience publique exceptionnelle
Nice-Matin a été autorisé à assister aux débats devant le juge des libertés et de la détention, une procédure rarement ouverte au public dans les affaires criminelles. Seul le mis en cause avait demandé le huis clos, mais le juge William Fezas a opté pour la publicité. L'audience s'est concentrée sur la personnalité de Fabrice H. et les critères de détention, sans aborder le fond des faits.
Le ministère public a requis la détention provisoire, soulignant que Fabrice H. cochait « quasiment les sept critères » prévus par le code de procédure pénale. Le juge en a retenu cinq : prévenir le renouvellement de l'infraction, empêcher les pressions, assurer le maintien à disposition de la justice, éviter toute entrave aux investigations et mettre fin au trouble à l'ordre public.
Un père décrit comme autoritaire et contrôlant
L'accusation a dressé le portrait d'un homme « autoritaire et colérique, avec un positionnement contrôlant », recourant au « chantage affectif » et se servant de son fils pour dissuader sa femme de le quitter. Lundi matin, en découvrant l'appartement vidé, Fabrice H. a pris conscience que sa femme était partie définitivement. Il a alors étouffé leur enfant commun avec un coussin, puis l'a étranglé avec un câble de fer à repasser. Il a enveloppé le corps dans un sac mortuaire, ajouté des pains de glace, puis a envoyé une photo à sa femme et ses beaux-parents. Une « mise en scène absolument funeste », selon le parquet.
Une attitude troublante à l'audience
Fabrice H. a comparu avec une froideur déconcertante. Il a retracé son parcours : originaire de Beauvais, arrivé sur la Côte d'Azur en 1997, il a exercé divers métiers avant de devenir aide-soignant en 2012. Il travaillait à l'hôpital L'Archet 2, où sa femme est également employée. Le couple s'était formé en 2000. Il a évoqué un accident qui a changé leur relation : « Après ça, nous n'étions plus les mêmes. J'étais inquiet de la santé de ma femme. Je souffrais de la voir souffrir. »
Interrogé sur son enfance, il a décrit un parcours douloureux, « arraché au cocon familial », passé de la pouponnière aux cures en centres de santé. Il a admis avoir pris rendez-vous avec un psychologue, mais l'audience a montré qu'il n'avait pas consulté. « C'est mon fils qui a pris le rendez-vous sur Doctolib », a-t-il dit, sans commentaire supplémentaire.
« J'ai conscience que j'ai enlevé la vie de mon fils »
Face au juge, Fabrice H. a tenté de minimiser son acte en parlant de « grosse bêtise », ce qui a provoqué une réaction cinglante du magistrat : « C'est un crime ! » Finalement, il a lâché : « J'ai conscience que j'ai enlevé la vie de mon fils. » Sa défense, Me Carla-Emilia Fonteneau, a souligné qu'il « reconnaît la gravité des faits », et n'a pas plaidé pour un contrôle judiciaire, mais a demandé une surveillance spécifique en milieu carcéral. Fabrice H. a exprimé sa crainte de « ne pas survivre » en prison, un paradoxe ultime pour un homme qui a ôté la vie de son propre enfant.



