Jean Brusson, dernier survivant masculin du maquis Bir-Hakeim, s'éteint à 101 ans
Mort de Jean Brusson, dernier survivant masculin du maquis Bir-Hakeim

Le dernier survivant masculin du maquis Bir-Hakeim s'est éteint à 101 ans

Jean Brusson, dernier survivant masculin du maquis résistant Bir-Hakeim, est décédé le 3 avril dernier dans le Val-de-Marne à l'âge vénérable de 101 ans. Cette disparition marque la fin d'une époque pour ce groupe de résistants intrépides, fondé à l'été 1942 au cœur de la Seconde Guerre mondiale et nommé en hommage à la première brigade française libre en Libye.

Un maquis mobile et indépendant dans le Sud de la France

Le maquis Bir-Hakeim se distinguait par son extraordinaire mobilité et son indépendance opérationnelle. Comme le résume le journaliste et écrivain Olivier Bertrand, auteur du livre "Les imprudents" qui retrace en partie l'histoire du groupe : "Bir-Hakeim avait un côté très mobile, très indépendant, intrépide partout où il passait". Les résistants intervenaient principalement dans l'Hérault, l'Aude, les Cévennes, l'Ardèche et le Rhône, déployant leurs actions sur un vaste territoire méridional.

L'an dernier encore, le centenaire Jean Brusson s'était déplacé pour rendre hommage aux habitants du hameau des Crottes, à Labastide-de-Virac en Ardèche, à la limite du Gard. Ces villageois avaient été exécutés par les Nazis pour avoir hébergé des membres du maquis Bir-Hakeim, témoignant du lourd tribut payé par les populations civiles.

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Une union improbable contre l'occupant

Ce qui rendait Bir-Hakeim particulièrement remarquable était son caractère apolitique dans un contexte de guerre civile larvée. Le maquis avait été créé par le commandant Rigal, chef de l'Armée secrète de Toulouse, et par Jean Capel, un Toulousain originaire de Lamalou-les-Bains. Communiste, Capel avait recruté pour diriger le maquis-école le jeune Maurrassien Christian de Roquemaurel, militant d'extrême droite.

Au sein du maquis, communistes et militants d'extrême droite cohabitaient sans tensions idéologiques. Comme le racontait Jean Brusson lui-même en 2022, alors âgé de 96 ans, lors d'une rencontre avec des lycéens de Clermont-l'Hérault : "Pas de politique entre nous, juste un point commun : les Boches dehors !". Il ajoutait, s'adressant aux élèves : "Vous auriez fait comme nous car les choses se sont faites naturellement. Quand on a 17 ans, la guerre apparaît comme une aventure, puis le bruit de la guerre devient une dure réalité".

Actions militaires et répression sanglante

Dès mars 1943, Jean Capel avait mis sur pied un premier groupe de maquisards qui se déplaçait entre l'Aveyron, l'Hérault, les Cévennes et le Rhône. Le combat du hameau de Douch, à Rosis dans les hauts cantons héraultais près de Lamalou-les-Bains, le 10 septembre 1943, constitue historiquement la première bataille entre soldats allemands et civils combattants sur le sol français.

Au printemps 1944, Christian de Roquemaurel organisa une embuscade à Saint-Étienne-Vallée-Française en Lozère, où quatre gendarmes allemands furent tués. Mais cette action déclencha une terrible répression. Une division SS traqua les résistants en représailles, aboutissant au massacre de 34 résistants à La Parade en Lozère, dont le chef Jean Capel. Vingt-sept autres acceptèrent de se rendre, furent torturés dans le sous-sol de la villa de la Gestapo à Mende, puis fusillés dans un ravin de Badaroux.

Christian de Roquemaurel, arrêté quinze jours plus tôt, fut déporté vers Dachau dans le "train fantôme" dont il s'évada en juillet 1944 pour reprendre la tête de Bir-Hakeim avant d'intégrer l'armée du général De Lattre. Engagé en 1943 alors qu'il était en classe de préparation navale dans un lycée de Toulouse, il poursuivit après-guerre une carrière dans la marine, atteignant le grade de vice-amiral avant de s'éteindre en 1998.

La mémoire du maquis perdure

Avec la disparition de Jean Brusson, une page se tourne mais la mémoire du maquis Bir-Hakeim reste vivante. Une dernière personne ayant participé au maquis est toujours en vie : l'Audoise Denise Guilhem, qui avait seize ans quand elle rejoignit Bir-Hakeim à Toulouse. Camille Verdeil, un autre résistant du groupe, est quant à lui décédé en septembre 2024.

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Les actions du maquis continuent d'être commémorées, notamment à Clermont-l'Hérault, Mourèze et Canet où des hommages réguliers sont rendus aux maquisards. Des initiatives pédagogiques permettent également aux jeunes générations de s'immerger dans cette histoire, comme en témoignent les rencontres organisées avec des lycéens pour perpétuer le souvenir de ces résistants qui, au-delà de leurs divergences politiques, s'unirent pour combattre l'occupant nazi.