Mohammed Djerrar, le héros modeste qui a sauvé une jeune fille du pont de Casseneuil
Mohammed Djerrar, héros modeste sauve une jeune fille

Un sauvetage héroïque dans le Lot

À la mi-mai 2006, Mohammed Djerrar, un habitant de Casseneuil dans le Lot-et-Garonne, devient le héros d'un jour en sauvant une jeune fille de 18 ans qui tente de se suicider en plongeant depuis le pont de Casseneuil. Retour sur cet acte citoyen avec l’article paru à l’époque.

Mohammed Djerrar, grand costaud timide, rigole lorsqu'on lui propose le titre de héros. Selon lui, « il n’y a pas grand chose à dire, rien d’extraordinaire » à raconter son plongeon dans le Lot à 21 heures 30 pour secourir une jeune fille qui vient de sauter du pont. Dix mètres de haut, autant de profondeur, estime Mohammed, qui a déjà sauté, gamin, du haut de la balustrade. Cette fois, le scénario est différent : un suicide, un corps qui se laisse tomber. Mais « elle est remontée, elle respirait », dit-il simplement.

Le déroulement des faits

Lundi soir, Mohammed discute sur un banc avec un ami, en contrebas du pont. Soudain, un bruit de frein : une « 205 gris chinée » s'arrête vers le milieu du pont. Une jeune fille de 18 ans, originaire de Livrade, en sort, enjambe la rambarde. Des amis la suivent en voiture : deux garçons et une fille (sa colocataire), alertés par des « messages » laissés par la jeune femme, selon les gendarmes. Ils tentent de « la raisonner ». Mohammed, à une centaine de mètres, assiste à la scène, entend les cris. Puis, elle plonge.

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Il dévale alors les escaliers vers la berge, jette porte-monnaie, portable, baskets et chaussettes (restés sur place), plonge à son tour et la ramène sur la rive, agrippée sur son dos. Les amis de la jeune fille ont pendant ce temps descendu la voiture. Ils l'étendent à l'arrière et préviennent les pompiers. « Ça fait bizarre », confie Mohammed. « Sauter d'un coup, comme ça… » Il a mal dormi après.

Un geste spontané et modeste

« Faut oser », salue un gendarme, « tout le monde ne le ferait pas ». Mohammed Djerrar n'a « pas calculé », y est allé « direct », n'en tire aucune gloire et ne cherche pas la publicité. Il n'est pas allé chercher « Sud Ouest » pour raconter son aventure. Il ne sait pas si elle se serait noyée et veut croire que de toutes façons, « quelqu'un d'autre y serait allé ».

Il est intérimaire « polyvalent », souvent à l'usine Laparre, à Castelnaud-de-Gratecambe. Titulaire d'un BEP/CAP peinture, plus un niveau Bac pro organisation-gestion-travaux obtenu au lycée pro Louis-Couffignal il y a dix ans, il aimerait travailler dans la « sécurité », mais pas en boîtes de nuit. Il n'a pas de notions de secourisme et vit avec sa mère à Casseneuil. La jeune fille « a eu de la chance : j'étais au bon endroit, au bon moment. »

Après le sauvetage

Dans l'eau froide, il lui a parlé, style « dans la vie tout le monde a des problèmes, il faut relativiser ». Elle n'a pas répondu. Il ne veut pas savoir pourquoi elle a sauté, « c'est privé ». Mais il est allé la voir, hier après-midi, à l'hôpital de Villeneuve : pour savoir comment vont ses blessures aux genoux, dues à la chute. La revoir pour avoir « l'esprit tranquille », lui qui a mis du temps « à réaliser » la conséquence de son geste. Il ne connaît pas son prénom mais se souvient du « visage de quelqu'un qui a des soucis ». Il a celui d'un garçon pas vantard, mais assez fier de son « geste normal », comme il dit.

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